La neutralité du réseau ? Imprimer
Formation - Autres
Mardi, 15 Décembre 2009 02:35

Nous publions ici un rapport introductif du comité NPA arsenal, sur les réformes sur internet :

En ce moment au Parlement Européen sont votées une série de lois concernant Internet .Tout le monde a entendu parler du Paquet Télécom, et de la fameuse loi Hadopi visant à lutter contre la « fracture numérique». D’abord rejetée par le Parlement, une « Riposte graduée » a été mise en place pour aboutir finalement à l’adoption de la loi Hadopi 2.

Mais le Paquet Télécom ne concerne pas seulement Hadopi. C’est un projet global visant à réguler les réseaux de communication et la télécommunication en Europe. Parmi ces réformes, l’une d’elles concerne la neutralité des réseaux.

C’est de ce projet de réforme dont je souhaite vous parler aujourd’hui. D’une part parce que la notion de neutralité des réseaux  est relativement méconnue du grand public, mais aussi parce qu’elle recèle des enjeux politiques et sociaux sur lesquels je pense que le NPA doit se positionner clairement.
Plus globalement, je pense que nous devons aussi avoir une réflexion approfondie sur les enjeux d’Internet en tant qu’espace public de libre expression qui aujourd’hui met en crise un modèle économique dominant.

Tout d’abord, il serait utile de définir ce qu’est la neutralité du réseau.
Dans notre inconscient collectif, on perçoit Internet comme un noyau autour duquel gravitent des informations, une sorte de mythe de la convergence, un Big Brother en plus gentil.
En réalité, Internet à la particularité d’être un réseau ou rien n’est centralisé, où les données ne sont pas stockées en un seul et même endroit mais dans une multitude de serveurs distants. On accède à toutes ces informations via des FAI (fournisseurs d’accès à Internet).
Quel que soit le fournisseur qu’on a choisi, on devrait en principe avoir accès au même Internet que sont voisin qui utilise un fournisseur différent. Voilà ce que signifie la neutralité du réseau. C’est un concept selon lequel l’architecture et les opérateurs de réseaux ne devraient pas effectuer de discrimination en fonction de l’émetteur, du récepteur ou de la nature des données transmises.

A priori, ça va de soi.

Bon d’accord, mais alors, pourquoi je ne peux pas utiliser Skype sur mon téléphone portable alors que SFR m’a vendu un accès Internet avec mon abonnement.
Serais-ce un problème si Orange rendait la connexion Internet plus lente et difficile et celle de Yahoo plus rapide et efficace ?
Poussons le vice. Serait-il possible que Dailymotion paye pour avoir une bande passante plus rapide que celle de YouTube ? En théorie, c’est tout à fait faisable. Rajoutons que ce serait même une opération plus que juteuse pour les fournisseurs d’accès à Internet.

Les fournisseurs achètent de la bande passante, une sorte de péage pour utiliser les autoroutes de l’information. Aujourd’hui, certains d’entre eux souhaiteraient créer une  « rareté artificielle » de cette bande passante, et investir plutôt dans le contrôle et le filtrage, par exemple en proposant à certains clients de les rendre prioritaires.
Mais rendre Dailymotion prioritaire par rapport à YouTube, c’est me léser, moi, internaute.
La question qui se pose est la suivante : faut-il permettre aux différents acteurs d’un réseau de faire passer en priorité accrue certains flux au détriment d’autres, considérés comme moins importants ?

Alors, faut-il s’inquiéter de cette ombre menaçante ?
Oui je crois qu’il faut s’en inquiéter, sans en avoir peur. En Europe, contrairement à la Chine, le réseau est relativement neutre. Mais les fournisseurs d’accès sont dans les starting-blocks. Ils n’attendent qu’une brèche pour s’y engouffrer. Et l’état est en passe de leur offrir cette occasion. Par exemple, si l’on fait passer la loi sur le filtrage de la pédopornographie, vous pouvez être certain que dans huit jours, c’est transposé à la musique !

La neutralité garantit la capacité d’innover et de « garder une plateforme viable pour la diffusion des idées » (Libé 2006). Elle empêche un contrôle centralisé de l’Internet. C’est un principe d’accès égal ou d’égalité. Empêcher la création d’un Internet à plusieurs vitesses, et la naissance d’un Internet privé et payant, je pense que c’est un combat dans lequel le NPA devrait s’engager. C’est une lutte sociale à part entière.

Car la neutralité du réseau et Internet en général sont un enjeu de civilisation. Ils changent profondément notre rapport à autrui, à la liberté d’expression. C’est le seul espace où tout un chacun puisse se faire entendre de tous, excepté une minorité de privilégiés (environ 300 journalistes et     400 personnes que l’on voit à la télé).
Internet met aussi en crise un modèle économique dominant, celui du «  je te vends un support matériel (DVD, œuvres, presse, etc.) contre une rémunération. Il y a beaucoup de personnes à qui Internet fait peur, et pour cause :
les opérateurs, véritables marchands de tuyaux, ont tout intérêt à vouloir un Internet à péage où les contenus sont contrôlés et rémunérés
les politiques qui n’ont plus aucun contrôle sur l’information, sur leurs dérapages. C’est un espace sur lequel ils n’ont aucune prise.
Et enfin tous les éditeurs de DVD, les grands groupes de presse papier, la SACEM, etc.

De mon point de vue, toutes ces questions méritent d’être posées et discutées car elles sont déterminantes pour notre avenir et notre liberté d’expression. Internet est un lieu du changement du rapport de force, nos luttes doivent aussi s’y ancrer.

 

Nathalie

Mise à jour le Mardi, 15 Décembre 2009 02:51
 
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