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L'écosocialisme Imprimer Envoyer
Formation - Ecologie
Lundi, 28 Juin 2010 22:38
Ceci est la version longue du topo présenté en introduction du débat "Antiproductivisme, objection de croissance, écosocialisme" le vendredi 4 juin 2010, pour le NPA.

En définissant dans nos principes fondateurs le socialisme du XXIème siècle que nous défendons, nous nous sommes définis comme antiproductivistes et écosocialistes. L'objectif de ce topo est d'expliciter le sens politique derrière ces notions en partant des raisons pour lesquelles le capitalisme implique structurellement le productivisme et l'exploitation de la nature, ce qui le rend totalement incompatible avec l'écologie, pour arriver à sa réponse, au concept d'écosocialisme et son contenu politique.

 

1 / Incompatibilité structurelle du capitalisme avec l'écologie (à l'aune d'une analyse marxiste)

Le capitalisme est un système économique et social basé sur l'appropriation privée des moyens de production par la minorité capitaliste, qui oriente la production en vue de :

  • faire du profit (et le maximiser)
  • accumuler du capital
Ainsi, le capitaliste investit du capital pour en retirer du profit et retrouver un capital plus important qu'au départ.

a/ Accumulation illimitée de capital dans un monde fini

La première contradiction du capitalisme est de fonder son existence sur le fait que le monde est fini (les limites naturelles permettent la propriété capitaliste), tout en cherchant une accumulation illimitée de capital (qui ne connaît comme limite que le capital lui-même).

Ainsi, il ne pourrait pas y avoir de capitalisme si le monde n'était pas fini, si les ressources naturelles n'étaient pas limitées :

« Si la terre (...) était à la libre disposition de chacun, il manquerait un facteur essentiel pour la formation du capital. Une condition de production tout à fait essentielle, et, - à part l’homme et son travail - la seule condition de production originelle, ne pourrait pas être cédée, ne pourrait pas être appropriée et, partant, elle ne pourrait pas faire face à l’ouvrier comme propriété d’autrui ni faire de lui un salarié. (...) De ce fait, la production capitaliste en général aurait cessé d’exister. » (Karl MARX, Théories sur la plus-value, op. cit., t.II, p. 41)
Si la terre était illimitée "son appropriation par les uns ne pourrait exclure son appropriation par les autres" et il ne pourrait "pas exister de propriété privée du sol et on ne pourrait pas payer de rente pour la terre" (Karl MARX, Théories de la plus-value)

C'est donc le fait que le monde soit fini et que les ressources naturelles soient en quantités limitées, qui permet l'apparition de la propriété privée et de la rente foncière.
A l'inverse, l'abondance relative de ressources naturelles s'accompagne de l'absence de propriété (ex : Amérindiens, peuplades primitives, etc).

Dans le même temps, le capitalisme implique l'accumulation de capital à l'infini : la recherche du profit maximum nécessite un "cercle sans cesse élargi de circulation" et exige donc la production constante de nouvelles consommations par l'élargissement quantitatif des consommations existantes, la création artificielle de nouveaux besoins (publicité...), de nouvelles valeurs d'usage, ou la destruction de biens existants. C'est cette recherche d'accumulation qui génère le productivisme (production pour la production, et consommation pour la consommation...).

En résumé, si le monde était illimité, le capitalisme ne pourrait pas exister, et parce que le monde est limité, le capitalisme mène au désastre écologique en butant sur les limites naturelles.

b/ Cycle du capital contre cycles naturels

La deuxième contradiction du capitalisme tient dans la discordance des temps entre le cycle court du capital et le cycle long de la nature :
  • le cycle du capital (argent - marchandise - argent) est un cycle court
  • les cycles naturels sont des cycles relativement longs, parfois même à l'échelle de milliers d'années (ex : cycle du carbone et formation du charbon et du pétrole)

Le capitalisme est incapable de prendre en compte les cycles longs de la nature et brise les cycles naturels, en utilisant sur du court terme des ressources non renouvelables à l'échelle de temps du capitalisme (puisqu'aucune ressource n'est "non renouvelable" dans l'absolu : le renouvellement obéit à des cycles qui peuvent être plus ou moins longs, ou plus ou moins courts).
Ex : la sylviculture est peu propice à l'exploitation capitaliste car son cycle est trop long : les arbres poussent moins vite que les cycles de rotation du capital.

La recherche du profit immédiat (cycle court) est incompatible avec la préservation de la nature à long terme (cycles longs).
Marx développe cette question à l'époque sur le cycle des nutriments (brisé par urbanisation et non-retour du fumier à la terre) :

« La production capitaliste perturbe le courant de circulation de la matière entre l’homme et le sol, c’est-à-dire qu’elle empêche le retour au sol de ces éléments que l’homme consomme afin de se nourrir et se vêtir ; en conséquence, elle fait violence au conditionnement nécessaire à une durable fertilité des sols. En outre, chaque progrès de l’agriculture capitaliste représente un progrès non seulement dans l’art de dépouiller le travailleur, mais dans celui d’appauvrir la terre ; toute amélioration temporaire de la fertilité des sols rapproche des conditions d’une ruine définitive des sources de cette fertilité. » K. Marx (Le Capital, livre 1, chap XV)

Il passe cependant à côté d'un élément essentiel de l'industrialisation capitaliste de son époque : la rupture du cycle du carbone par le passage de l'énergie bois (énergie de flux) à l'énergie charbon (énergie de stock).

c/ Valeurs d'échange contre valeurs d'usage

Un autre problème du capitalisme est que pour faire du profit, il oriente la production en vue de produire des valeurs d'échange (prix de vente sur le marché), au lieu de produire des valeurs d'usage (répondant aux besoins des populations).

En conséquence :
  • il génère simultanément surproduction et pénurie (une surproduction saturant le marché d'un côté, des besoins réels non satisfaits de l'autre)
  • pour le capitalisme, la nature n'a de valeur que par la valeur d'échange de ses ressources sur le marché (celles exploitées par la production capitaliste).
Or la destruction de la nature (temps long) ne représente pas une valeur marchande (temps court) : quelle valeur pour la destruction de la nature? d'une espèce animale ou végétale? d'un écosystème? Aucune autre que l'éventuel surcoût engendré à court terme!

La valeur d'échange prend la forme du PIB (Produit Intérieur Brut), qui est un très mauvais indicateur : les "services" de la nature ne sont pas comptabilisés, les dommages sur l'environnement ne sont pas déduits. La "croissance" (de PIB, c'est-à-dire de valeur d'échange) n'a ainsi aucun sens en terme de progrès social, de réponse aux besoins réels : c'est l'instrument de mesure qui est mauvais.

d/ Profit et concurrence

La concurrence entre les capitalistes implique la nécessité de maximiser son profit pour survivre (ce qui tire tout effort écologique vers le bas) et une course effrénée au profit immédiat, en contradiction une nouvelle fois avec le temps long de la nature.
Les capitalistes sont contraints d'utiliser des institutions "régulatrices" comme l'État (ou les instances internationales) pour prévoir le moyen terme, réguler le capitalisme et assurer la survie même du système, perpétuant la domination capitaliste.

Pire, cette recherche du profit à tout prix implique des prises de risque, au mépris de tout principe de précaution, non seulement sur le plan financier, mais aussi et surtout sur le plan social et écologique.
Ex : la marée noire de BP au large de la Louisiane était largement évitable, mais BP a fait le choix des solutions techniques les moins chères et les plus risquées juste avant la catastrophe ("il faut bien prendre des risques").

Il y a une grande inertie du système dû aux intérêts privés et à la rentabilité immédiate, qui rend le capitalisme incapable d'anticiper les problèmes écologiques.

e/ Le mythe du progrès

Les choix technologiques ne sont pas neutres, ils découlent de la rentabilité, du profit immédiat et de la possibilité d'appropriation privée.
C'est le cas lors de la révolution industrielle, avec un développement industriel basé sur le charbon plutôt que sur l'énergie solaire, alors que le principe photovoltaïque était déjà connu au XIXème, mais jugé pas suffisamment rentable et ne permettant pas une appropriation privée de l'énergie.

La notion de progrès n'est pas universelle, mais au contraire socialement déterminée. Marx fait ainsi la critique du "mythe du progrès" qui développe l'aliénation capitaliste :

"tous les progrès de la civilisation ou toute augmentation des forces productives n'enrichissent pas le travailleur mais le capital et ne font donc à leur tour qu'accroître le pouvoir qui exerce sa domination sur le travail, augmentent seulement la force productive du capital. Comme le capital est l'opposé du travailleur, ces progrès n'augmentent que la puissance objective qui règne sur le travailleur." (Marx, Manuscrits de 1957-1958)

"Ainsi elle détruit et la santé physique de l’ouvrier urbain et la vie spirituelle du travailleur rural. Chaque pas vers le progrès de l’agriculture capitaliste, chaque gain de fertilité à court terme, constitue en même temps un progrès dans les ruines des sources durables de cette fertilité. Plus un pays, les États-Unis du Nord de l’Amérique par exemple, se développe sur la base de la grande industrie, plus ce processus de destruction s’accomplit rapidement. La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès de production sociale qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse : la terre et le travailleur." (K Marx, Le Capital)
« C’est ainsi que la production capitaliste, en développant la technologie (…), ne fait qu’épuiser les sources originaires de toute richesse : la terre et les travailleurs. » K. Marx (Le Capital, livre 1, chap XV)

De même pour Engels :

« Nous ne devons pas nous vanter trop de nos victoires humaines sur la nature. Pour chacune de ces victoires, la nature se venge sur nous. Il est vrai que chaque victoire nous donne, en première instance, les résultats attendus, mais en deuxième et troisième instance elle a des effets différents, inattendus qui trop souvent annulent le premier. Les gens qui, en Mésopotamie, Grèce, Asie Mineure et ailleurs, ont détruit les forêts pour obtenir de la terre cultivable, n’ont jamais imaginé qu’en éliminant ensemble avec les forêts les centres de collecte et les réservoirs d’humidité ils ont jeté les bases pour l’état désolé actuel de ces pays. (...) Les faits nous rappellent à chaque pas que nous ne régnons nullement sur la nature comme un conquérant règne sur un peuple étranger, comme quelqu’un qui est en dehors de la nature, mais que nous lui appartenons avec notre chair, notre sang, notre cerveau, que nous sommes dans son sein et que toute notre domination sur elle réside dans l’avantage que nous avons sur l’ensemble des autres créatures de connaître ses lois et à pouvoir nous en servir judicieusement. » (Engels, « Le rôle du travail dans la transformation du singe en homme », 1876)

Le capitalisme est avant tout une fuite en avant non maîtrisée et incontrôlable.
C'est une double exploitation, des travailleurs et de la nature : il tire son profit non seulement de la plus-value issue du travail, mais aussi de la rente liée à l'appropriation privée de la nature.

Si Marx faisait ces observations dès le XIXème, il serait pour autant anachronique d'en faire un écologiste avant l'heure, l'important est que son analyse permet de comprendre les mécanismes à l'oeuvre et de faire une critique pertinente du lien structurel entre capitalisme, productivisme et destruction de la nature.

2/ L'écosocialisme

a/ De la dérive productiviste du mouvement ouvrier à la naissance de l'écologie politique

Pour comprendre les causes de la dérive productiviste du mouvement ouvrier, il est important de rappeler qu'il s'est construit sur des bases multiples et notamment lassaliennes.
Alors que le programme de Gotha (du congrès d'unification du SPD en 1875, sous forte influence lassalienne), écrivait "le travail est source de toute richesse", Marx répondait : "Le travail n'est pas la source de toute richesse. La nature est tout autant la source des valeurs d'usage (qui sont bien, tout de même, la richesse réelle !) que le travail, qui n'est lui-même que l'expression d'une force naturelle, la force de travail de l'homme." (Critique du programme de Gotha).
Cette critique est tenue secrète pendant 16 ans de 1875 à 1891 et le SPD se construit sur la base du programme de Gotha, puis la 2ème Internationale se construit autour de lui. Le mouvement ouvrier a ainsi été imprégné durablement par des conceptions lassaliennes productivistes, scientistes et étatistes.

Mais il est rapidement rattrapé la réalité :

  • à la fois par les désastres écologiques liés au développement du capitalisme à l'ouest (particulièrement pendant les 30 glorieuses), qui confirment les dégâts du capitalisme sur la nature
  • mais aussi par les désastres écologiques liés au productivisme bureaucratique à l'est, qui n'a rien à envier au productivisme capitaliste

Ce deuxième productivisme est différent du productivisme capitaliste, avec des plans bureaucratiques incitant à user le plus possible de matière première, à l'inverse du productivisme capitaliste qui cherchera à limiter sa consommation de matière première, mais est poussé par la recherche du profit et l'accumulation.
On peut donner deux raisons majeures à ce productivisme :

  • la concurrence entre les deux blocs poussant à un productivisme exacerbé : but absurde de "dépasser les États-Unis" (Krouchtchev)
  • la détermination de la production par une bureaucratie cherchant à préserver ses intérêts par une centralisation des productions et des décisions : le niveau scientifique et technique aurait permis d'autres voies énergétiques, mais avec un risque de décentralisation de la production et de perte de pouvoir pour la bureaucratie

De question relativement marginale, la question écologique est devenue une question centrale de plus en plus incontournable dans la deuxième moitié du XXème siècle, ce qui amène la naissance de l'écologie politique (autour de penseurs chrétiens en grande partie), autour d'une critique des modes de production et de consommation de la société capitaliste moderne.

b/ L'apparition du mouvement écosocialiste

Le mouvement écosocialiste apparaît alors comme une combinaison de l'écologisme et du socialisme, face à un mouvement ouvrier traditionnel dominé par des bases staliniennes productivistes, et un mouvement écologiste construit en extériorité au mouvement ouvrier (bien qu'anticapitaliste au départ).
Il se développe également en réponse à la dérive capitaliste de la majorité de l'écologie politique, qui ignorant le lien structurel entre capitalisme et productivisme, se retrouve récupérée par le système et tombe progressivement dans l'illusion d'un capitalisme vert, voire d'un productivisme vert (la "croissance verte").

C'est un mouvement récent, apparu au cours des trente dernières années, grâce aux travaux de penseurs de la taille de Manuel Sacristan, Raymond Williams, Rudolf Bahro (dans ses premiers écrits) et André Gorz (ibidem), ainsi que des précieuses contributions de James O’Connor, Barry Commoner, John Bellamy Foster, Joel Kovel (USA), Juan Martinez Allier, Francisco Fernandez Buey, Jorge Riechman (Espagne), Jean-Paul Déléage, Jean-Marie Harribey (France), Elmar Altvater, Frieder Otto Wolf (Allemagne), et beaucoup d’autres, qui s’expriment dans un réseau de revues telles que Capitalism, Nature and Socialism, Ecologia Politica, etc.
Il est développé en France dans les années 90 notamment par Michael Löwy et Pierre Rousset, militants de la IVème Internationale et de la LCR (mais aussi dans d'autres pays avec par exemple l'Alliance rouge et verte au Danemark).

Sa structuration est encore plus récente, au travers de quelques moments clés :

c/ Les bases politiques du mouvement écosocialiste

Le mouvement écosocialiste est loin d’être politiquement homogène, mais la plupart de ses représentants partage certains thèmes communs :
  • rupture avec l’idéologie productiviste du progrès - dans sa forme capitaliste et/ou bureaucratique - et opposé à l’expansion à l’infini d’un mode de production et de consommation destructeur de la nature
  • subordonner la valeur d’échange à la valeur d’usage en organisant la production en fonction des besoins sociaux et des exigences de la protection de l’environnement.
  • cette société suppose la propriété collective des moyens de production, une planification démocratique qui permette à la société de définir les buts de la production et les investissements, et une nouvelle structure technologique des forces productives.

Il cherche ainsi à faire converger le mouvement ouvrier et le mouvement écologiste en débarrassant le mouvement ouvrier du productivisme et le mouvement écologiste de tentations naturalistes et antihumanistes : il ne s'agit pas de défendre la nature ou la planète en tant que telle (elle nous survivra), mais en tant que condition même d'existence pour l'humanité.

L'homme fait partie de la nature et de ses cycles, il n'y est pas extérieur (contrairement à la vision biblique) :

«De même que les plantes, les animaux, les pierres, l’air, la lumière, etc., constituent du point de vue théorique une partie de la conscience humaine, soit en tant qu’objets des sciences de la nature, soit en tant qu’objets de l’art – qu’ils constituent sa nature intellectuelle non-organique, qu’ils sont des moyens de subsistance intellectuelle que l’homme doit d’abord apprêter pour en jouir et les digérer – de même ils constituent aussi au point de vue pratique une partie de la vie humaine et de l’activité humaine. Physiquement, l’homme ne vit que de ces produits naturels, qu’ils apparaissent sous forme de nourriture, de chauffage, de vêtements, d’habitation, etc. L’universalité de l’homme apparaît en pratique précisément dans l’universalité qui fait de la nature entière son corps non-organique, aussi bien dans la mesure où, premièrement, elle est un moyen de subsistance immédiat que dans celle où, [deuxièmement], elle est la matière, l’objet et l’outil de son activité vitale. La nature, c’est-à-dire la nature qui n’est pas elle-même le corps humain, est le corps non-organique de l’homme. L’homme vit de la nature signifie : la nature est son corps avec lequel il doit maintenir un processus constant pour ne pas mourir. Dire que la vie physique et intellectuelle de l’homme est indissolublement liée à la nature ne signifie pas autre chose sinon que la nature est indissolublement liée avec elle-même, car l’homme est une partie de la nature.» (K. Marx, Manuscrits de 1844)

L'écosocialisme repose sur deux arguments essentiels :

  • l'impossibilité d'étendre (en terme de ressources) le mode de production/consommation actuel des pays capitalistes avancés à l'ensemble de la planète. Ainsi, le système actuel ne peut se maintenir que par l'aggravation des inégalités Nord/Sud, et des inégalités en général (le capitalisme vert est générateur d'encore plus d'inégalités),
  • la poursuite du développement capitaliste menace directement la survie même de l'espèce humaine : il n'y a pas un bon capitalisme vert contre un mauvais capitalisme productiviste, c'est le système capitaliste lui-même qui pose problème.
L'ampleur de la crise écologique, climatique, mais aussi sociale actuelle amène une véritable crise de civilisation qui ne peut être résolue sans des changements rapides et radicaux (ex : selon le GIEC, les émissions de gaz à effet de serre des pays capitalistes avancés doivent baisser de 80 à 95% d'ici 2050), sans quoi nous pourrions arriver à des effets de seuil irréversibles, au delà desquels il y a des risques d'emballement (climatique notamment) totalement incontrôlables et imprévisibles.
Aucun aménagement du système ne peut répondre à l'enjeu écologique actuel, le changement nécessaire est trop important. Ni un changement des comportements individuels et des choix de consommation, ni le lobbying ou même les réformes dans le système actuel ne permettront d'y répondre, le capitalisme est incapable de faire face à l'ampleur de la crise actuelle et aux enjeux qu'elle pose, il faut un changement global et radical de civilisation.

d/ Notre objectif écosocialiste

L'écosocialisme n'est pas un affaiblissement du projet socialiste mais au contraire un surplus de radicalité (pas un simple changement de société, mais un changement de civilisation à l'échelle mondiale) :

  • il ne se contente pas d'une répartition équitable des richesses mais pose la question de la définition de la richesse, du contrôle de la production et de la détermination démocratique des richesses à produire
  • il ne se contente pas d'un "changement de propriétaire" sur l'appareil de production et la technologie capitaliste (par son appropriation sociale), mais doit les détruire pour en construire des nouveaux, centrés sur la satisfaction des besoins sociaux et écologiques :
"les travailleurs ne peuvent pas prendre possession de l’appareil capitaliste de l’État et le mettre à leur service. Ils sont contraints de « le briser » et de le remplacer par une forme de pouvoir politique radicalement différente, démocratique et non étatique. La même idée s’applique, mutatis mutandis, à l’appareil productif, lequel loin d’être « neutre » porte dans sa structure l’empreinte d’un développement qui favorise l’accumulation du capital et l’expansion illimitée du marché, conduisant ainsi à la catastrophe écologique." (Michael LOWY, Contribution au débat préparatoire du congrès de la IV)

L'appareil productif écosocialiste doit ainsi respecter les cycles naturels :
« A ce point de vue la liberté ne peut être conquise que pour autant que les hommes socialisés, devenus des producteurs associés, combinent rationnellement et contrôlent leurs échanges de matière avec la nature, de manière à les réaliser avec la moindre dépense de force et dans les conditions les plus dignes et les plus conformes à la nature humaine. » (Le Capital - Livre III, Le procès d'ensemble de la production capitaliste)

Ce qui passe par :
  • une transition énergétique : par l'efficience énergétique, le passage au renouvelable indépendamment des coûts, la sortie des énergies fossiles, la décentralisation de la production énergétique et la réorientation de la production matérielle vers les consommations locales (suppression des transports inutiles), pour aller vers des échanges régulés respectant notamment le cycle du carbone et permettant une "décroissance de la consommation des ressources non renouvelables" (principes fondateurs du NPA)
  • une baisse massive de la production matérielle (rupture radicale par rapport au productivisme et rejet de toute forme de productivisme) par la suppression des productions nuisibles, inutiles ou dangereuses, la suppression des gaspillages, de la publicité, la "remise en cause des secteurs d’activité énergétivores, inutiles, polluants ou dangereux, en particulier le nucléaire" (principes fondateurs du NPA), réorientation de la production pour répondre aux besoins réels, démocratiquement déterminés (contrôle populaire des productions et choix de production),
  • une réduction massive du temps de travail, désintensification du travail et contrôle de l'intensité du travail par les travailleurs eux-mêmes ("contrôle des cadences"), comme condition d'émancipation, mais aussi de démocratie et de participation de tous aux décisions (notre écosocialisme vise également l'abolition du salariat et de la société de classes)
  • un refus de toute appropriation privée de la nature : l'eau, l'air, la terre, le vivant, les ressources naturelles, ... doivent être des biens communs, non privatisables
  • la gratuité de tous les besoins élémentaires (passant par exemple par la tarification progressive : gratuité des usages, surcoût des mésusages)
  • la suppression de la concurrence et des mécanismes de marché

Pour Tanuro, il y a trois conditions pour que le socialisme soit réellement écosocialiste :
  • 1°) que les besoins humains soient démocratiquement déterminés, ce qui implique un système politique de type autogestionnaire, avec pluralisme politique, etc.
  • 2°) que la satisfaction des besoins se fasse dans le respect des limites naturelles et des contraintes de fonctionnement des cycles naturels, en abandonnant l'idéologie de la "domination sur la nature" et en acceptant que les technologies ne sont pas neutres, ce qui implique une profonde révolution culturelle.
  • 3°) que la lutte se poursuive jusqu'à l'instauration d'un socialisme mondial.

e/ La question de la transition

L'objectif écosocialiste ne reste qu'un objectif abstrait si l'on ne fait le pont entre la société actuelle et l'objectif écosocialiste.

Pour cela, un écueil est à éviter et à combattre : celui de la culpabilisation individuelle et des discours moralistes (issus d'une vision culpabilisatrice et vertueuse de l'écologie liée à ses racines chrétiennes?), qui sont contre-productifs car générateurs de résistances au lieu de mobilisations.
Cela ne veut pas dire être contre l'action individuelle, mais privilégier l'action collective et surtout les axes de mobilisation contre les réels responsables (les capitalistes). Ces luttes permettent également l'élévation de la conscience politique, pouvant amener à des choix individuels de "résistance" écologique.

L'écosocialisme s'appuie sur l'existant, sur le mouvement réel : les plus pauvres sont bien souvent les plus vulnérables face aux dégâts écologiques, et développent notamment dans les pays du Sud, des mouvements sociaux ne se définissant pas comme "écologistes" tout en ayant une dimension écologique déterminante. C'est ce qu'on nomme "écologie des pauvres", et dont on retrouve de nombreux exemples en Inde, en Amazonie (lutte de Chico Mendes début 80 contre les latifundistes), en Bolivie (guerre de l'eau, interventions indigènes à Cochabamba...), etc.

Ainsi, ce n'est pas juste une question de principe mais avant tout une question d'efficacité : les luttes écologiques gagnantes sont généralement des luttes sociales, réussissant à imposer un rapport de force dans la lutte des classes. La question clé pour une transition écosocialiste est donc celle de la convergence des luttes écologiques et sociales :

  • amener luttes écologiques sur le terrain de la lutte des classes, par le biais des travailleurs concernés (en construisant les luttes avec eux et non contre eux)
  • à l'inverse, intégrer systématiquement la dimension écologiste aux luttes sociales, en posant la question du contrôle et de la finalité de la production (sous peine de ne pas être "transitoires").
C'est à la fois difficile et indispensable dans des secteurs comme l'industrie automobile, la chimie, l'énergie, etc. Cela nécessite une vision politique imbriquant systématiquement les deux questions.

Car les capitalistes sont tout à fait capables de reconvertir rapidement l'appareil de production si c'est leur intérêt (afin de préserver leurs profits et leur rentabilité), mais au prix de licenciements massifs, de reculs sociaux etc. La question est de savoir qui contrôle la reconversion, qui décide et maîtrise le processus.
Pour donner les moyens aux travailleurs de décider eux-mêmes de la finalité de la production et d'être maîtres de leur propre reconversion, deux conditions sont nécessaires pour pouvoir réfléchir à la finalité de la production (sans avoir le couteau sous la gorge et devoir défendre l'emploi pour l'emploi) : l'interdiction des licenciements et la baisse massive du temps de travail. La troisième condition est évidemment l'appropriation sociale des moyens de production.
Au final, il est nécessaire d'arriver à une reconversion totale de la production, une réorientation technologique indépendamment de toute rentabilité : la transition écosocialiste doit échapper aux impératifs du marché, et passer par une planification démocratique.

Bien que l'écosocialisme soit incompatible avec le capitalisme, le mouvement écosocialiste lutte également pour des réformes immédiates dans le cadre du capitalisme (il est ainsi favorable aux écotaxes si elles visent les pollueurs capitalistes et sont socialement justes), tout comme des "alternatives concrètes" et autres expérimentations à l'intérieur du système capitaliste.
Cela passe par des mesures de transition comme par exemple :
  • le développement des transports publics gratuits comme alternative au tout-automobile
  • la lutte pour l'annulation de la dette et contre les "ajustements" imposés par le FMI et la Banque Mondiale dans les pays du Sud (conséquences écologiques et sociales désastreuses)
  • la défense de la santé publique contre la pollution
  • la lutte contre la privatisation de l'eau, le brevetage du vivant, etc
  • la lutte pour la réduction du temps de travail avec embauche correspondante (diminution de "l'armée de réserve" des capitalistes)
  • l'imposition de règles environnementales contraignantes sur les entreprises
  • etc

De par le caractère global et mondial de la question écologique, la lutte pour l'écosocialisme est une lutte résolument internationaliste et opposée à tout protectionnisme, tout repli national. C'est également une lutte nécessairement révolutionnaire qui pose la question du pouvoir économique et politique, impliquant le renversement du capitalisme et de ses institutions, afin d'aller vers une société écosocialiste libérée des entraves de la domination capitaliste.

Conclusion

Que ce soit comme projet de société ou comme courant politique organisé, l'écosocialisme est encore en construction. Il y a cependant un enjeu de taille aujourd'hui à faire émerger un pôle de l'écologie radicale, qui soit :
  • en rupture claire et nette avec le capitalisme et le productivisme
  • qui assume le débat politique et les divergences en son sein, mais :
  • qui agisse concrètement autour de ses points de convergence, pour contester l'hégémonie idéologique tant du capitalisme vert (courant écologiste dominant) que du mouvement ouvrier traditionnel (productiviste)
C'est ce qu'essaient de faire le Nouveau parti anticapitaliste et le Mouvement des objecteurs de croissance aujourd'hui. Il faut poursuivre nos échanges et nos actions communes.


Principales sources de la présentation :
Marx, Mode d'emploi (chapître 10. pourquoi Marx n'est ni un ange vert ni un démon productiviste), Daniel BENSAID
Capitalisme, productivisme, socialisme réel et écosocialisme, Daniel TANURO
Nature, croissance, abondance, Laurent GARROUSTE
Qu’est-ce que l’écosocialisme ?, Michael LOWY
Mise à jour le Jeudi, 01 Juillet 2010 20:30
 


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