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Actualité des comités NPA31 - Commission Entreprise
Lundi, 20 Avril 2009 21:48
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Certes la grève générale ne se décrète pas,

mais elle se prépare

 

La temporisation orchestrée par les confédérations passe mal. Il faut remonter à loin pour observer une telle floraison de motions, assemblée de syndicalistes exprimant colère et inquiétude ou passant à l'acte au plan local. C'est dans la CGT, chef d'orchestre de l'unité à 8, que les critiques sont les plus fortes. Au centre de la fronde, l'exigence de la précision revendicative et la poursuite de la grève avec en toile de fond la grève générale. C'est sûr une partie de l'intersyndicale ne veut en aucun cas de confrontation avec le pouvoir et les patrons, et dans les rangs de la CGT, de Solidaires et de la FSU est posée la question de l'unité à 8 quand celle-ci devient une frein. Cinq mesures d'urgence (licenciements, salaires, services publics, fiscalité, statut salarial) et l'affirmation de la nécessité de la grève générale sont les positions énoncées et défendues par Solidaires. Sans quitter l'intersyndicale la position de Solidaires peut contribuer à construire un pôle grève générale qui peut trouver un ancrage local.

 

Les luttes qui se développent dans le secteur industriel marquent sans aucun doute un tournant avec ce que nous avons connu ces dernières années. Les salariés du privé ont souvent soutenu sans y participer les grèves de 1995, de 2003, réduisant ainsi la portée de la grève elle-même. Progressivement on passe de la grève par procuration à la grève active, dure. Occupations d'usines, séquestration, blocage... impensables voilà quelque temps se généralisent à grande vitesse... La journée du 19 mars officialise en quelque sorte ce tournant, peut-être le début d'un nouveau cycle : les manifestants du secteur public sont moins nombreux que le 29 janvier d'une part et moins nombreux surtout que le privé. Pour retrouver une telle situation à cette échelle, il faudrait probablement revenir à la fin des années 70 juste avant les défaites ouvrières dans les chantiers navals, la sidérurgie, la SNIAS à Toulouse (ancêtre d'Airbus). Les cheminots, les postiers, les agents des banques... ont alors occupé l'espace gréviste laissé grand ouvert par le retrait du secteur industriel.

 

La radicalité des actions redonne du sens à la grève

 

La forme de la grève a été dévoyée depuis longtemps par les bureaucraties syndicales en multipliant les grèves de 24 heures sans lendemain. Tout a été inventé pour refuser de préparer la grève générale, les manifs du samedi, les temps forts des mardis et jeudis, les manifs promenades épuisantes et le jeu de saute-mouton en 2009 : 29 janvier, 19 mars, 1er mai... et après ? En accompagnant les grèves d'occupations, séquestrations... les salariés du secteur industriel redonnent une nouvelle jeunesse à la grève. Réduite à la perte de la journée de salaire pour les grévistes, elle recouvre sa fonction première de frapper à la caisse du patron en bloquant la production. Ce retour à la fonction première de la grève donne un sens nouveau au débat qui a traversé durant des années les équipes syndicales sur le soi-disant caractère désuet de la grève comme forme de lutte dans une société automatisée, informatisée, globalisée. S'il ne faut rejeter aucune forme de résistance, il a largement permis dans beaucoup d'entreprises le maintien d'équipes syndicales, la préservation d'acquis, il a aussi et surtout contribué à faire resurgir la grève et le blocage de la production, comme notre vieille amie la taupe qui creuse et surgit... quand on ne l'attendait plus. C'est dans l'entreprise, nœud essentiel de l'exploitation capitaliste que se situe le combat essentiel. La grève, le blocage de la production sont les armes essentielles dont disposent les travailleurs pour révolutionner la société.

 

La grève générale ne se décrète pas, elle se prépare

 

Ceux et celles qui croient que la grève générale n'a pas lieu par la simple volonté des bureaucraties syndicales se trompent. Il ne suffit pas d'appeler, il faut préparer. Par contre appeler à la grève générale donne une direction, signifie des tâches précises pour les équipes syndicales. L'appel n'aurait aucun sens et probablement peu de conséquences s'il ne s'appuyait pas sur une plate-forme revendicative reprenant l'essentiel des revendications.

 

Dans le même temps que la grève générale se prépare, il faut à la fois résoudre deux questions :

 

- la démocratie : qui négocie et comment on contrôle ceux qui négocient ?

- comment la grève s'organise : occupation, blocages.

 

Mais qu'est-ce que la grève générale ?1 L'arrêt de travail quasi simultané de toutes les professions qui ainsi bloque l'économie et la production. Simultané car dans un certain nombre de professions l'absence de syndicat ou la présence de syndicats hostiles à la grève générale va nécessiter d'abord la discussion, puis le blocage. Il est impensable que dans le cadre d'un affrontement avec les patrons il puisse y avoir des lieux, usines, bureaux... qui vont continuer à produire... car ils constitueraient des points d'appui pour briser la grève générale. La grève générale sera donc active. Rien à voir avec les temps forts des mardis et jeudis. Les usines seront occupées sous le contrôle des grévistes. La grève générale, c'est enfin la mise en place d'organes de double pouvoir dans les usines, les quartiers qui décideront de ce qu'il faut produire, vendre, échanger...

 

Cela pourrait faire penser à un écrit, piqué à la... CGT quand, au début du XXe siècle, elle préparait la grève générale flanquée de « son comité national pour la grève générale », quand elle polémiquait avec Jean Jaurès hostile à la grève générale2... Mais non tout cela n'a pas vieilli quant au fond. Les modes de production ont changé, l'automatisation de bien des secteurs rend la grève indolore... pour les patrons, la mondialisation a éparpillé les lieux de production... l'arsenal répressif s'est considérablement amélioré... Tout cela ne rend pas pour autant la grève obsolète. La façon de l'organiser à changer, les organes vitaux qui paralysent l'économie sont autant les transports, l'énergie, l'école... que la fabrique d'engrais ou de voitures. Mais pour réussir la grève générale il faudra que l'ouvrier de l'automobile soit en grève et occupe son usine et pas simplement en chômage technique parce que les cheminots n'acheminent plus de marchandises.

 

A l'évidence la grève générale si elle a lieu se fera aussi contre les bureaucraties syndicales. Et bien entendu cela complique les tâches des équipes syndicales qui doivent à la fois montrer dans leurs milieux de travail la nécessité de passer à une étape supérieure, la faisabilité de cette étape et dans un même temps combattre dans leur propre organisation ceux et celles qui ne veulent pas en découdre.

 

L'alternative des bureaucraties syndicales à la grève générale

 

Le jeu de saute-mouton auquel se livrent les confédérations, s'il a pour but essentiel d'éviter que ne soit posée la question de la grève générale, indique surtout les limites des projets de transformation dont sont porteurs les syndicats. Pour aller vite ils sont en totale adéquation quant aux revendications à satisfaire avec les sociaux-libéraux.

 

Mais le refus obstiné des Thibaut et autre Chérèque à ne pas mettre en discussion la grève générale comme réponse à la situation de crise ouvre le débat au niveau des équipes syndicales de la CGT particulièrement qui ont bien compris que le rendez-vous du 1er mai, jour chômé, a pour fonction essentielle de ne pas poser la question de la grève tout court, car l'appel à une nouvelle journée de grève mettrait à l'ordre du jour la reconduction toujours plus fort. D'autant plus qu'un sondage récent va dans ce sens.

 

Quelques conditions à remplir pour aller vers la grève générale

 

On l'aura compris, pour nous, la grève générale se fera contre les confédérations ou ne sera pas. Cela complique singulièrement les tâches car c'est un obstacle supplémentaire à sauter. Pour autant les exemples de situations où la base déborde les appareils existent. Un certain nombre de conditions sont pourtant nécessaires.

 

- La première est une réelle combativité de la base en capacité de se défaire de la mainmise de l'appareil syndical. Tout l'inverse de ceux qui condamnent les grèves de 24 heures sans pour autant s'engager dans la reconduction.

 

- Des équipes syndicales capables de surmonter leur propre appartenance pour s'appuyer sur la combativité et donner les moyens aux salariés de s'approprier la lutte.

 

- Il faut enfin que des secteurs des usines... dont la symbolique est forte pour engager le combat, la grève reconductible, autour de laquelle puisse s'agréger d'autres secteurs et ainsi de suite.

 

Quand les bureaucraties syndicales refusent de préparer la grève générale, elles prennent le risque d'ouvrir des brèches dans lesquelles peut s'engouffrer leur propre base pour la déborder. Mais elles se donnent aussi les moyens, par leurs calculs de l'organisation de la lutte dans le temps (un temps très long), de fatiguer les troupes, d'épuiser des secteurs en lutte et de laisser planer le doute sur l'inéluctabilité de la situation. On ne peut pas faire autrement. Dans une telle situation, le travail des révolutionnaires et plus largement des équipes syndicales qui ne se contentent pas de jouer à saute-mouton n'est pas compliqué du point de vue de la définition des tâches, il est plus compliqué dans la gestion de celles-ci. Le grand danger est de vouloir aller trop vite, répéter matin et soir « grève générale » ou de croire que l'on pourrait contourner la faible combativité dans les usines en occupant des locaux, en « prélevant de la nourriture dans les grandes surfaces »... Favoriser la convergence des secteurs en lutte, travailler à l'élaboration d'une plate-forme revendicative chiffrée, expérimenter dès maintenant des actions de blocage pour à la fois perturber l'économie et engager la discussion avec les salariés du secteur industriel. C'est ainsi que l'on prépare la grève générale et que l'on se donne les moyens d'y entrer... contre l'avis des confédéraux.

 

1. On peut lire aux éditions Agone Le syndicalisme et ses armes n° 33, 2005 .

2. Lire le débat entre Jaurès et les syndicalistes révolutionnaires : François Jarrige, « Pour ou contre la grève générale ? », à propos de Miguel Chueca (textes réunis et présentés par), Déposséder les possédants. La grève générale aux « temps héroïques » du syndicalisme révolutionnaire (1895-1906), Marseille, Agone, collection « Mémoires sociales », 2008.


Mise à jour le Lundi, 27 Avril 2009 22:30
 


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