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Journal du comité entreprise N°1 Imprimer Envoyer
Actualité des comités NPA31 - Commission Entreprise
Jeudi, 05 Mars 2009 22:38

sommaire

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1. Edito

2. Service public d'éducation en danger

3. Ecole, quand les enfants s'en mêlent...

4. Colère dans la recherche et l'enseignement supérieur

5. Procés AZF....Total doit payer !

6. La CGT Thales et la Palestine

7. Rapport 2008 de santé au travail

8. La crise est devant nous

9. Carton jaune pour France Telecom

10. La Poste : à coups de barre et ca repart

11. Tous ensemble pour le retrait de la loi Bachelot ....

12. Remise en cause de la convention 66

 


1. Edito

Les grèves de Guadeloupe et Martinique donnent un sacré coup de vieux à la journée du 19 mars.
Sur France inter un syndicaliste guadeloupéen conseillait aux salariés de métropole de cesser de jouer à saute-moutons et de se mettre en grève générale.

La grève générale

Impossible à organiser, elle ne se décrète pas, trop d'écart entre le privé et le public, trop de chômage... Et voilà qu'en Guadeloupe et Martinique, à La Réunion depuis le 5 mars, la grève générale s'impose, s'installe, autour de revendications chiffrées portées par toute la population, dans un cadre unitaire inédit, syndicats, associations, partis. Bien sûr le poids du colonialisme, l'omnipotence des békés ont servi de ciment pour consolider la grève générale. Mais la grève générale, les blocages, les piquets... c'était avant tout pour les 200 euros, la vie chère... En métropole notre ciment c'est la politique de Sarkozy: vie chère, licenciements, atteinte aux libertés...

Grève générale et saute-moutons

Plus de 40 jours de grève en Guadeloupe pour obtenir 200 euros... Qui peut penser que des grèves de 24 heures espacées de deux mois pourront remplir le portefeuille des salariés. Qu'y aura-t-il après le 19 ? Peut-être rien si la mobilisation est très en deçà du 29. L'absence de soutien des confédérations aux grèves des DOM, si elle est scandaleuse, ne fait qu'indiquer le refus de celles-ci à parler de grève générale. Il y aura sûrement un après 19 en mai où juin... pour évacuer l'image de la grève générale victorieuse.

Préparer la grève générale

L'ampleur du soutien de plus de 60 % des métropolitains aux grévistes de Guadeloupe et Martinique ne signifie pas 60 % de grévistes, mais indique qu'il y a un espace, un peu d'attention pour parler et entendre parler de la grève générale. Une grève générale se prépare d'abord en mettant en débat avec les salariés une plate-forme revendicative sur les salaires, les conditions de travail et le coût de la vie... Ensuite en construisant un front de lutte, un collectif unitaire qui regroupera au-delà des syndicats, associations et partis. En indiquant cela on admet que ce travail préparatoire à la grève générale ne se fera pas sous la responsabilité des confédérations. On voit mal Thibaut, Mally ou Chérèque dire à Parisot « Tu payes les 200 eurs où tu te casses ! » La grève générale se fera contre leur avis et sera prise en charge par des équipes syndicales, dans les entreprises, les localités en lien avec des associations et les partis politiques de gauche. Les mobilisations dans la recherche, la santé, l'éducation nationale, le médico social... la particiapation des parents d'élèves à la défense de l'école par exemple montrent qu'il y a à la fois des points de fixation et des volontés d'élargissement du conflit.

Elie Domota parle et agit comme un syndicaliste

En présentant le porte-parole du LKP comme un « tonton-macoute » brutal et extrémiste... qui non seulement organise la grève générale, mais lui donne un sens en bloquant l'économie et en contrôlant l'application des accords, mais aussi impose les conditions du LKP aux patrons : « payer ou partir », les patrons et les chefs de l'UMP veulent faire croire que ce qui s'est passé en Guadeloupe n'a rien à voir avec une grève, un conflit social. Ils les aiment tellement nos grèves de 24 heures. « Payer ou partir » est le point culminant d'un conflit social où la démocratie des grévistes qui a imposé les revendications par le rapport de force se heurte à l'autoritarisme hargneux des possédants qui invoquent mille raisons pour ne rien céder de leurs privilèges.
Nous allons voir si la grève de Guadeloupe et Martinique, les résultats obtenus auront un impact sur la mobilisation du 19 mars. S'il va apparaître au cours de celle-ci des velléités de s'emparer du débat de la grève générale, si des équipes syndicales par-delà leur appartenance vont se mettre à la tâche.



2. Service public d'éducation en danger !

 

banderolle manif ecole

Depuis plusieurs années, le service public d'éducation est l'objet d'attaques visant à sa marchandisation. Les lois sur l'université (LRU), « la réforme » du bac professionnel en 3 ans, la « réforme » des lycées généraux, la « réforme » du recrutement des enseignants, marquent aujourd'hui un tournant sans précédent dans la conception de l'éducation.

Dans le 1er degré, toutes les mesures imposées depuis un an sont particulièrement significatives. Elles amènent à une marchandisation des savoirs avec l'abandon du travail sur la difficulté scolaire dans le temps de classe et à la mise en concurrence des écoles et des élèves pour produire une éducation à deux vitesses. Le gouvernement s'attaque aux fondements de la société par le biais de l'école ; il s'attaque aux statuts des enseignants, aux missions de l'école, aux programmes enseignés... toutes ses dimensions sont aujourd'hui bouleversées.

Face à ces attaques, les résistances s'organisent et prennent plusieurs formes (marches aux flambeaux, manifestations avec les parents, organisation de réunions publiques...). Du côté des enseignants, la mobilisation a commencé dès l'année dernière où chaque journée de grève nationale a été largement suivie. Depuis septembre, la situation est la même : entre 70 % et 80 % de grévistes dans le 1er degré pour chaque journée d'appel national.

Pourtant la dynamique ne suit pas, la mayonnaise ne prend pas, notamment à cause des directions syndicales nationales qui n'assument pas la responsabilité de construire un véritable mouvement.

D'autres moyens de résistance ont aussi vu le jour avec des collègues qui refusent d'appliquer la loi dans leurs classes. Ce mouvement axé principalement sur une démarche individuelle a permis de fédérer des « ras-le-bol » de collègues qui ne pouvaient plus assumer d'obéir aux directives du ministère qui mettent en danger l'éducation de nos élèves. Ce mouvement a connu un certain succès mais pose deux problèmes :

c'est un engagement individuel et il ne concerne que la question de l'aide personnalisée. Il reste un moyen d'amener à des prises de conscience importante dans la construction d'un mouvement mais ne peut être substitué à la seule forme de lutte qui puisse gagner : la grève.

Et la grève dans le 1er degré est particulièrement bien suivie, surtout lorsque l'appel est national. Le 29 janvier, 85 % de professeurs des écoles étaient en grève. Pourtant nous n'étions que 250 en assemblée générale (AG). Depuis le début de l'année chaque AG est d'ailleurs moins représentative des collègues mobilisés que la précédente.

Ce paradoxe s'explique par deux facteurs :

- Depuis le début de l'année, les AG n'ont jamais été véritablement décisionnelles. Aucune plate-forme revendicative n'y a été décidée, aucun comité de grève n'y a été lancé. En même temps qu'ils sont assez remontés contre les structures syndicales, les collègues ne se sont pas appropriés l'AG comme un moyen d'autonomisation de la lutte et restent attentistes quant aux décisions syndicales. Il en résulte une déresponsabilisation des professeurs et donc un manque de dynamisme pourtant nécessaire à la mobilisation.

- La remise en cause du service public d'éducation est analysée dans sa dimension politique. Il y a aujourd'hui une véritable prise de conscience du mécanisme de privatisation qui est le même pour la santé, la poste, les transports... Preuve en est justement la mobilisation des enseignants le 29 janvier : alors que la profession est traditionnellement plutôt « corporatiste », la participation à une journée interprofessionnelle est aujourd'hui une évidence. On parle de convergence des luttes et d'une remise en cause globale du système.

Il y a bien une prise de conscience du fait que derrière tous ces bouleversements, il y a une véritable volonté politique de casser le service public d'éducation mais aussi un choix idéologique lié au fonctionnement de la société capitaliste. Dans ce système, l'école n'a qu'un seul objectif : fournir une main-d'œuvre corvéable et docile pour les entreprises, et les enseignants comme les parents d'élèves s'en rendent bien compte.

La question de l'école est liée au choix de la société dans laquelle on décide de vivre et c'est là que notre parti a toute sa place. Nous devons avoir un positionnement sur l'école aujourd'hui, une analyse fine qui montre le rôle qu'elle joue dans la société capitaliste. Expliquer comment toutes les réformes en cours accentuent cette volonté de former les travailleurs de demain, en fonction des besoins des entreprises. De cette analyse, nous démontrerons que les problèmes de l'échec scolaire et de l'inégalité des chances sont intrinsèquement liés au système économique dans lequel nous vivons et que l'on ne peut réformer l'école sans changer son environnement. Nous devons donc construire le projet d'une école émancipatrice, qui permette à chacun d'avoir accès aux savoirs tout en développant son esprit critique. Un projet qui mette en lumière les contradictions du système pour que la lutte pour l'éducation soit partie prenante de la lutte pour renverser le système et de la construction de la société socialiste que nous voulons et dans laquelle l'école pourra réellement permettre l'émancipation de tous.

 


3. École : quand les enfants s'en mêlent...

La 2e descente aux flambeaux des collectifs toulousains parents / enseignants du 3 février 2009, le dernier mardi avant les vacances scolaires, a rassemblé 4 000 manifestants sur la place du Capitole, vers 20 heures, après qu'ils furent partis en cinq cortèges convergents de cinq lieux de rassemblement (Jolimont, Les Minimes, Saint-Michel-Marcel Langer, Saint-Cyprien, Camille-Pujol).

 

Sous la bannière de « Sauvons l'Ecole » (large front unitaire de toutes les organisations syndicales enseignantes de l'Education nationale, de la FCPE et des associations complémentaires enfantmobiliseeflouteed'éducation populaire), avec le relais du collectif « Sauvons les RASED » et de cinq collectifs toulousains de parents et d'enseignants affiliés ou non affiliés, et sous les mots d'ordre de « Parents, enseignants, tous ensemble / Contre les réformes Darcos / Pour un service public d'éducation nationale de qualité », dans les cortèges, beaucoup d'enfants (telle celle-ci sur cette photo prise sur la place du Capitole, demandant sur sa pancarte qu'on ne touche pas à son école).

 

Comment en est-on arrivé là ? Comment des enfants, et par centaines, ont-ils pu braver la froidure d'un soir d'hiver entre 19 heures et 21 heures pour accompagner leurs parents et leurs enseignants en défense de l'Ecole publique.

 

La réponse tient en un mot. Xavier Darcos est allé trop loin. En imposant aux élèves de CM2 une « évaluation » de leurs connaissances sur des sujets qu'ils n'avaient pas eu encore l'occasion d'étudier avec leurs maîtres, il a franchi la ligne jaune.

La violence de l'Etat ne passe pas...

Rapportée par La Dépêche du 27 janvier 2009, parmi des centaines d'autres réactions, celle de Saint-Lys, sous le titre « Les parents ont bloqué l'accès des classes aux élèves », donne la mesure du divorce entre la communauté scolaire et le ministère :

 

« Tous les enseignants du primaire de Saint-Lys n'ont fait passer que des évaluations partielles aux élèves de CM2. Ils ont envoyé une lettre à l'inspecteur d'académie : « Nous refusons de faire remonter les résultats de ces évaluations partielles au ministère car nous savons que les résultats ne seront pas bons même si nous avons choisi de leur faire passer des items en français et en maths les moins durs. Nous ne voulons pas de concurrence entre les écoles », a résumé une institutrice vendredi. A 13 h 30, armés de leurs gilets jaunes, une cinquantaine de parents sont venus bloquer l'accès aux classes de CM2 de l'Ayguebelle et du Moulin de la Jalousie pour empêcher les élèves de poursuivre « leurs éval' ». Catherine Renaux de la FCPE a expliqué aux élèves ouvertement les raisons de leur blocus : « Cette méthode d'évaluation n'est pas juste pour vous ni pour vos enseignants. Le ministère parle d'expérimentation pour ces évaluations, mais une expérimentation normalement ne concerne qu'une ou deux écoles alors que là elle concerne toutes les écoles de France ! » Un élève en rang avec ses autres camarades sous le préau confie : « On a bien fait de ne pas les passer entièrement car on n'a pas vu tout le programme de CM2, cela aurait été un échec. Il aurait fallu que ces évaluations se déroulent en juin ! »

 

Des parents qui bloquent pacifiquement l'accès aux salles de classe, une mère de famille qui donne un cours spontané d'instruction civique aux élèves sur leurs droits et ceux de leurs parents à refuser l'arbitraire des gouvernants, des enseignants qui refusent les directives académiques, un élève qui donne une leçon de logique au ministre... Voilà un condensé de l'état de l'extraordinaire mobilisation populaire qui, depuis la rentrée scolaire de septembre, irrigue des centaines d'écoles sur le département de la Haute-Garonne, championne toutes catégories pour ses « Nuits des écoles », « Attachons-nous à l'école maternelle », accrochages de banderoles aux grilles des établissements scolaires et manifestations de masse des 20 novembre, 13 décembre et 17 janvier prolongées par une participation exceptionnelle à la journée de grève et de manifestation interprofessionnelle du 29 janvier. Il y a de la révolution dans l'air. La révolution au sens propre du terme, quand ceux d'en bas n'acceptent plus d'être gouvernés comme avant par ceux d'en haut, prennent leurs affaires en mains et font obstacle à la violence étatique des gouvernants.

 

Car il s'agit bien de violence institutionnelle multiforme contre les enfants, pourtant censés être protégés par l'Ecole. C'est une autre enfant, une adolescente de 14 ans, Zoé, collégienne à Marciac dans le Gers, qui en a porté témoignange après la descente d'une brigade canine anti-drogue de la gendarmerie dans son établissement scolaire le 19 novembre 2008. Sa lettre a fait le tour de la planète Internet, crevé les écrans des journaux télévisés et contraint Xavier Darcos, François Fillon et Michèle Alliot-Marie eux-mêmes à faire mine de s'indigner des méthodes « excessives » des autorités locales. Mais ce qu'il en est resté, c'est cette interview invraisemblable de la procureur de la République d'Auch qui a justifié l'intervention policière au motif qu'elle visait à créer une « insécurité positive » pour les élèves (sic !).

 

Le mot a été lâché. Dans la France sarkozyenne, il ne s'agit pas d'un dérapage verbal, il s'agit d'une politique voulue par les autorités : insécuriser les élèves et leurs familles, insécuriser les enseignants.

 

A ceux-ci, le bâton de la répression quand ils refusent d'appliquer la contre-réforme du soutien scolaire indvidualisé, à l'instar d'Alain Refalo, maître des écoles de Colomiers, défenseur inconditionnel de la liberté pédagogique des enseignants, sanctionné de deux jours de retrait de salaire par semaine, et de ses collègues pacifistes désobéissants civils, et la carotte du « travailler plus pour gagner plus », accepter d'effectuer des heures supplémentaires au risque d'une dégradation de la qualité de l'enseignement et des suppressions d'emplois au détriment de milliers de jeunes diplômés.

 

A ceux-là, du moins aux familles qui en ont les moyens, le chemin des officines privées de soutien scolaire et de l'« accompagnement éducatif » payant... allégé d'un dégrèvement fiscal... On ne prête qu'aux riches !

 

Les contre-réformes Darcos : la réduction de la semaine scolaire en primaire à 24 heures d'enseignement en 4 jours, la suppression des RASED, la généralisation du bac pro en 3 ans au lieu de 4, la déscolarisation des enfants de moins de 3 ans de l'école maternelle, la réduction à 30 heures par semaine, au lieu de 32 ou 34, des heures de cours des classes de seconde dans les lycées d'enseignement général, concourent toutes à dégrader les conditions d'étude des élèves et les conditions de travail des personnels de l'Education nationale.

 

On en connaît la raison essentielle : la rage... l'enragement des privatiseurs des services publics qui gouvernent le pays à voir échapper aux actionnaires les 70 milliards d'euros annuels du budget de l'Education nationale. « Tout est à brader », clamait une pancarte le 3 février dernier... Effectivement ! Pour compenser la crevaison de la « bulle immobilière », Sarkozy et son gouvernement s'ingénient à offir aux actionnaires du Medef le magot de la « bulle scolaire ».

Toutes et tous mobilisés de la maternelle à l'université

Effet d'une longue tradition radicale socialiste vieille de deux siècles ou effet de la corne de l'Espagne républicaine fichée en terre toulousaine il y a sept décennies, la mobilisation exceptionnelle des usagers et des personnels de l'enseignement public depuis deux ans en Haute-Garonne remonte certainement à loin.

Ses prochains rendez-vous feront entendre ses exigences : abrogation des contre-réformes Darcos, maintien des RASED, pour un plan d'urgence de recrutement d'enseignants permettant un effectif maximal de 25 élèves par classe de la maternelle à la Terminale et un professeur des écoles surnuméraire par tranche de trois classes pour s'occuper des élèves rencontrant particulièrement des difficultés d'apprentissage.

Les militantes et militants du NPA, parents et enseignants, qui n'ont pas d'autres intérêts que ceux des classes populaires qui vivent de leur travail, seront aux côtés de toutes celles et de tous ceux qui se battent pour défendre l'Ecole publique. Ils les convient à prolonger leurs actions par une réflexion de fond sur l'Ecole que nous voulons, que nous pouvons bâtir ensemble, une Ecole émancipatrice à l'image du socialisme du XXIe siècle qu'il y a urgence à fonder face à la faillite du capitalisme et aux tentatives sarkozyennes de le « refonder » : lire sur le site du NPA 31 le 4-pages « Ecole Urgence » (document pdf téléchargeable).

Toulouse, le 10 mars 2009



4. Colère dans la recherche et l'enseignement supérieur

La colère monte dans la recherche et l'enseignement supérieur. La vague de réformes en cours plus la provocation, vécue comme une insulte, de Sarkozy le 22 janvier 2009, dans un contexte d'ébullition sociale après le 29 janvier, ont déclenché un mouvement de grève important chez les personnels et les étudiants dans le secteur. Plusieurs aspects cristallisent la contestation :

-          la réduction du nombre de postes,

-          le démantèlement des organismes de recherche (CNRS, INRA, INSERM...),

-          la « mastérisation » de la formation des enseignants du secondaire nécessitant cinq années d'études, sans formation pédagogique, pour postuler à des postes de fonctionnaires d'établissement (et plus d'État),

-          la remise en cause du statut d'enseignant-chercheur.

A cet ensemble de mesures, il faut rajouter un processus croissant de précarisation des travailleurs du milieu. Vacations, contrats saisonniers, multiplication des statuts, font que près d'un tiers des salariés de certaines facs ne sont plus fonctionnaires. De plus, le processus d'externalisation de services s'accélère (ménage, gardiennage, jardinage...) vers des opérateurs privés.

La place de l'université sous le mode de production capitaliste

La massification du nombre d'étudiants à l'université dans les années 70 correspondait à un besoin du patronat d'avoir une main-d'œuvre plus qualifiée face à un appareil de production qui s'était fortement complexifié. Ernest Mandel parle, dès les années 70, de « prolétarisation du travail intellectuel » (Etudiants, intellectuels et lutte de classe). L'arrivée massive de ces étudiants, enfants de travailleurs, s'est réalisée dans une structure universitaire adaptée à la reproduction des élites, dans l'université bourgeoise. Cette situation a créé une tension entre la volonté des classes dominantes de former une main-d'œuvre qualifiée et la fonction de l'université de former des individus en capacité d'avoir une compréhension large de la société.

La volonté des gouvernements depuis plus de vingt ans est de résoudre cette contradiction afin de disposer d'une main-d'œuvre qualifiée, acritique, corvéable à merci par le patronat.

Jusqu'à récemment, les diplômes universitaires avaient joué le rôle de garantie en terme d'acquis sociaux (salaires, congés...) dans les conventions collectives. Ils permettaient ainsi aux jeunes travailleurs de ne pas avoir à négocier seuls face au patron son contrat de travail. La déqualification sert donc à mettre un terme à ces droits qui avaient été acquis lors de luttes précédentes.

La recherche scientifique, organisée autour d'instituts de recherche (CNRS, INRA, INSERM...), était étroitement liée aux universités, et avait comme caractéristique de repousser les limites de la connaissance à travers une recherche fondamentale interdisciplinaire. L'indépendance avec les intérêts privés est aujourd'hui largement remise en cause.

Une série de réformes depuis 2003

Il y a donc eu nécessité pour le patronat de modifier la nature de l'université bourgeoise afin d'adapter les formations aux exigences immédiates du patronat, de briser le cadre national des diplômes. Tout ceci afin d'individualiser les parcours et de fragiliser les nouveaux diplômés lors de leur entrée sur le marché du travail, et également soumettre la recherche publique pour favoriser la recherche appliquée créatrice de profits à court terme. L'ensemble de ce phénomène est résumé dans le processus de Bologne à l'échelle européenne et tous les pays de l'UE connaissent les mêmes contre-réformes.

En 2003, c'est Fillon qui fait passer la loi LMD/ECTS et remet en cause le cadre national des diplômes. En 2005, le pacte sur la recherche rapproche les universités des intérêts économiques immédiats du patronat. La mise en place de l'ANR (Agence nationale pour la recherche) et de l'AERES (Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur) conditionne les budgets des équipes de recherche à des applications industrielles à court terme. En 2007, la loi LRU met en place l'autonomie des universités puis le Plan campus, étape ultime vers des « pôles d'excellence ». C'est l'avènement de l'université à deux vitesses, soumises aux intérêts de la performance économique.

En 2009, les différentes mesures prises par le gouvernement Sarkozy et sa ministre Pécresse correspondent à la concordance de la mise en application des lois précédentes et de la politique globale de remise en cause de la fonction publique comme dans les autres secteurs. C'est le cumul de ces deux éléments qui a entraîné l'explosion du monde universitaire dans la période actuelle.

Des contre-réformes et des résistances...

Depuis 2003, les différentes attaques se sont accompagnées d'une série de résistances chez les étudiants et dans une moindre mesure chez les personnels des universités. Les grèves se sont succédé : 2003 contre Fillon, 2004 avec Sauvons la recherche, 2005 contre le Pacte sur la recherche, 2007 contre la LRU, 2009 avec la grève actuelle, sans compter l'expérience du CPE en 2006 qui, même si elle ne concernait pas directement les réformes universitaires, a été un moment décisif dans les universités pour la compréhension de l'avenir que cette société réservait à la jeunesse dans son ensemble. Cette accumulation d'expériences (et de défaites) explique en partie la réactivité du milieu dans le contexte actuel.

Cependant, jusqu'au mouvement de grève contre la LRU à l'automne 2007, ce sont les étudiants qui étaient à la pointe de la contestation, qui se posaient comme moteur de la résistance aux projets du gouvernement. Pour la première fois, en 2009, ce sont les personnels qui ont initié la mobilisation, et notamment les enseignants-chercheurs qui voient leur statut remis en cause.

Février 2009, la grève comme moyen d'action !

Autant les étudiants font grève régulièrement, autant les personnels de l'enseignement supérieur et de la recherche sont un milieu dépourvu de tradition militante. Parmi les collègues, une question revient régulièrement : à quoi ça sert de faire grève alors que nous ne produisons rien ? Les seuls mouvements de contestation jusqu'à aujourd'hui se limitaient à la démission des chefs de laboratoire de leurs tâches administratives, au refus de remplir les dossiers de financement ou d'évaluation, la rétention des notes des examens. Des actes individuels qui, s'ils sont repris par tout le monde, « bloquent » le système. Cette stratégie de la désobéissance a montré ses limites.

Face à l'ampleur des attaques et à l'exaspération du milieu, il était temps de franchir un cap dans la façon de mener la résistance. Sous la pression, plusieurs syndicats ont appelé à la « grève illimitée » après le 29 janvier (SNESup, CGT, SUD, FO) ainsi que Sauvons la recherche et Sauvons l'université. Une coordination nationale des universités en lutte s'est mise en place à l'initiative d'enseignants radicalisés, « par le haut », mais a permis d'être un point d'appui pour la construction du mouvement en appelant elle aussi à bloquer les facs par la grève reconductible.

Au-delà des appels nationaux, la période de fin janvier-début février a été un réel moment d'ébullition dans les campus. A Toulouse, le pôle scientifique de Rangueil est un exemple significatif de l'agitation spontanée qui s'est développée dans tout le pays. Des assemblées générales ont eu lieu dans de nombreux labos, des UFR, des écoles d'ingénieurs, des IUT. Des assemblées catégorielles se sont également déroulées (enseignants-chercheurs, chercheurs, BIATOSS, précaires...). Ces initiatives ont eu des origines diverses : à l'appel de l'intersyndicale, de directeurs d'unité, de personnels qui les ont organisées de leur propre initiative. Dans de nombreux endroits la grève a été votée avec des degrés d'application divers. Grève totale, grève des enseignements, grève avec un autocollant sur la chemise tout en travaillant... Les modalités d'application de la grève posent débat !

Les questions posées dans le mouvement

Comme nous l'avons vu au départ, l'ensemble des personnels et des étudiants sont touchés par les réformes en cours. Mais la mise en avant du décret de modification du statut des enseignants-chercheurs crée des tensions entre les différentes catégories de personnel. Les personnels BIATOSS développent des réticences à la mobilisation ne voulant pas servir la soupe aux enseignants et leur reprochant de ne pas s'être mobilisés quand eux se sont fait attaquer. Les étudiants en grève contre la LRU l'an passé ont subi une lourde défaite qui est un frein à la mobilisation actuelle.

Au-delà des initiatives de rue qui regroupent à chaque fois depuis un mois des milliers de personnels du campus, il faut voir que la mobilisation est partielle, inégale et la grève bien souvent passive et votée par principe sans mise en application réelle.

Cependant, une série d'éléments vont dans le bon sens. Sur le campus de Rangueil, une coordination du campus s'est rapidement mise en place regroupant les mandatés de chaque assemblée générale de site (UFR, labos, IUT, école...), les représentants des syndicats, les représentants du mouvement étudiant. Ce cadre d'auto-organisation est devenu l'instance légitime de direction de la grève sur le campus. Une caisse de grève se met en place et a pour but premier le financement des retraits de salaires des personnels non enseignants, qui, contrairement aux enseignants-chercheurs subissent des retraits de salaires et la pression des cadres intermédiaires dans les services.

Les grévistes cherchent à diriger leur mouvement vers l'extérieur de la fac et l'initiative la plus intéressante à ce jour est l'organisation de cours délocalisés en centre ville ouverts à la population.

La coordination nationale construite « par en haut » tend à se transformer en véritable instance de direction du mouvement avec des délégués mandatés par leurs assemblées générales.

Quelle orientation pour le mouvement aujourd'hui ?

Au lendemain des premières annonces de « reculs » partiels du gouvernement (réécriture du décret enseignants-chercheurs, gel de la suppression de postes des enseignants-chercheurs en 2010 et 2011), le danger serait de croire que les acquis du mouvement sont suffisants. Une seule catégorie de personnel, la plus mobilisée, a été en partie entendue : les enseignants-chercheurs. Les suppressions de postes en cours ne touchent pas les enseignants, l'annonce du ministère ne fait que confirmer la poursuite de la suppression de postes pour les personnels BIATOSS. C'est bien pour cela que l'une des revendications prioritaires doit être l'emploi et la création massive de postes à la hauteur des besoins ainsi que la transformation des milliers d'emplois précaires en postes statutaires. Nous ne devons pas lâcher non plus sur la « mastérisation », le démantèlement des organismes de recherche, la précarité étudiante... et au final, la loi LRU !

Mais au-delà des revendications du secteur, ce qui fait peur au gouvernement c'est la possibilité qu'un secteur significatif fasse la jonction avec la grève interpro du 19 mars, que le mouvement s'étende réellement aux étudiants, ce qui créerait un climat propice à la généralisation de la grève. Nous devons aujourd'hui défendre l'élargissement de la grève aux autres secteurs, à l'éducation de la maternelle au secondaire, à toute la fonction publique, à l'ensemble des travailleurs de ce pays. La grève générale aux Antilles nous montre la voie !


5. Procés AZF....Total doit payer !

Le procès AZF vient de s'ouvrir et déjà deux surprises. La première, et c'est la plus importante, Total et le PDG de l'époque Thierry Desmaret  sont convoqués à la barre, ils seront poursuivis dans l'affaire  AZF. L'autre surprise c'est l'éclatement du « front des salariés ». Les médias ont mis le doigt sur les désaccords entre la CGT AZF, la fédération CGT de la chimie mais aussi parmi les salariés de l'ex-AZF (voir déclaration lors du procès de G. Abellan, salarié d'AZF). Pour bon nombre d'entre nous cela ne constitue pas une surprise. La nouveauté est que cela s'étale au grand jour.

Au moment où s'ouvre le procès AZF, il n'est pas inutile de revenir sur l'attitude de la CGT. De la CGT chimie et de l' UD CGT. La fracture qui s'est opéré entre la CGT, sous la houlette du syndicat CGT AZF et la population s'est déroulée en plusieurs étapes. Très rapidement la CGT AZF, s'est mise dans la peau de l'accusée qui n'a eu cesse de multiplier les arguments pour évoquer une multitude d'hypothèses visant à écarter l'idée d'une faute, d'une erreur sur le site, d'un accident. De la défense des salariés, de leur emploi, de leur travail, on est passé à la défense de Grande Paroisse allant jusqu'à demander la réouverture du site, le redémarrage de la production. Il n'est pas inutile de rappeler ici que tout au long de cette supplique, tous les partisans du « vivre avec le risque au non du progrès » ont soutenu les syndicats d' AZF. Parmi ceux-ci citons le président du CESR, mais aussi quantité de journaux dont Le Figaro, L'Express, Le Monde qui chacun à leur façon ont mis en doute l'accident et donc relativisé le risque que présentait un tel ensemble aux portes de la ville.

Alliance de classe

Demande totalement irresponsable, incompréhensible pour les riverains et la population que l'on peut considérer comme le premier acte de rupture entre les associations de sinistrés, exigeant la fermeture du pôle chimique, et les syndicats (CGT, CFDT, FO) d' AZF exigeant la réouverture, mais aussi la poursuite de la fabrication du phosgène à la SNPE voisine.

Notons au passage que jamais les associations, nées de l'explosion de l'usine chimique, n'ont  désigné les salariés comme responsables du désastre. Pour autant il est vrai que dans le collectif « Plus jamais ça », il existait une frange, celle qu'on appelait « les totos du Clandé », qui a fait des syndicats et de la CGT en particulier des responsables à part entière.

L'attitude de la CGT AZF à partir du moment où elle faisait corps avec Grande Paroisse entérinait le choix de n'engager aucun débat avec les associations et de se couper de l'immense solidarité de la population. C'est le deuxième acte. Cette attitude paradoxale d'alliance de la  CGT avec Total, propriétaire de Grande Paroisse, était sans issue car Total avait décidé de fermer l'unité de Toulouse. Cela les responsables de la CGT ne pouvaient l'ignorer. Pourquoi ont-ils choisi de conduire les salariés sur une voie de garage plutôt que d'affronter Total avec l'ensemble de la population ?

Tout était possible !

Pourtant une réunion publique à l'initiative de la FSU et de Solidaires avait réuni à une même tribune J. Mignard et H. Farreny pour une premier débat , sans suite.

Pourtant l'UD CGT était présente aux AG de « Plus jamais ça ». Une altercation avec les « totos du Clandé », la FA,  est venue à bout de ces bonnes dispositions, dommage.

D'un bout à l'autre, malgré l'opposition de quelques personnes : avocats, sous-marins de la mairie... ont été étroitement mêlées la lutte des associations pour obtenir gain de cause contre les assurances, les profiteurs, et la lutte syndicale pour faire respecter le droit, la  santé, les indemnités... dans la multitude d'entreprises sinistrées. Il faut noter une intense activité le l' UL CGT du Mirail, de la CGT EDF et de bien d'autres en soutien aux salariés de la zone.

L'attitude du syndicat CGT AZF au sein de l'UD CGT a été compliqué à entendre, notamment par ceux et celles qui ont souffert de l'explosion : hôpital Marchand, Tisséo, EDF et les petites boîtes. Sans parler du poids des accusations sur la SNPE voisine comme étant la responsable de la catastrophe. Compliqué à admettre y compris au sein de la fédération chimie. Comment l'expliquer ? Le fond du problème renvoie à une conception très archaïque du syndicalisme, du rapport entre une sorte d'aristocratie ouvrière (en fin de course, ici) et le reste de la société. Peu d'interrogations sur ce que produisait l'usine, vie en vase clos du syndicat au sein de l'entreprise... très peu de place pour l'activité interprofessionnelle. Du coup quand la CGT doit sortir de l'usine pour expliquer ce qui s'est passé, quand elle doit concevoir des alliances avec des associations, d'autres syndicats... elle n'en a ni la capacité, ni la volonté. Seule l'UD CGT aurait pu briser le cercle vicieux dans lequel s'était installé le syndicat AZF, en mobilisant à côté des associations l'ensemble des salariés et ceux d' AZF en particulier. Sur les décombres de la catastrophe, il aurait été possible de construire une mobilisation sans précédent de toute la population, une mobilisation contre Total pour toutes les victimes, salariés d'AZF ou des autres entreprises et riverains. Total a pu joué sur ce clivage entre « ses » salariés et tous les autres sinistrés.

Très troublant

Enfin, tout aussi étrange que l'alliance avec Total, le CHSCT dans lequel la CGT était majoritaire a ignoré un rapport établi par CIDECOS (cabinet spécialisé dans le conseil aux comités d'entreprise et CHSCT) qui mettait en évidence les responsabilités de Total dans la sécurité du site et du hangar 221 plus particulièrement. Encore plus curieux, quand la fédération CGT de la chimie et la Confédération ont souligné le sérieux de ce rapport. Dans le refus de la CGT AZF d'appuyer ce rapport, qui exonérait les salariés d'AZF de toute responsabilité, il faut y voir le choix inébranlable de la CGT à soutenir Total, la chimie, les chimistes et  le « risque à côté de chez vous » au nom d'un « progrès » et d'une « défense de l'emploi ouvrier » faussement identifiés au productivisme industriel des actionnaires.

 

L'article complet sur le rapport CIDECOS

Le rapport de CIDECOS

 


6. La CGT Thales et la Palestine

 

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7. RAPPORT 2008 DE SANTE AU TRAVAIL

________________

CONCLUSION COMMUNE DU COLLECTIF DES MEDECINS DU TRAVAIL DE BOURG EN BRESSE

 

15 ème rapport annuel commun d'activité d'un groupe de pairs

 

LETTRE OUVERTE AUX SYNDICATS DES SALARIES CONCERNANT LA REFORME DE LA MEDECINE ET LA SANTE AU TRAVAIL

 

D'une constatation désespérante, un principe d'espérance

De l'opportunité historique de se tourner vers l'espérance

 

 

COLLECTIF DES MEDECINS DU TRAVAIL DE BOURG EN BRESSE

Docteurs CELLIER, CHAPUIS, CHAUVIN, DELPUECH, DEVANTAY, GHANTY, LAFARGE, LAUZE

41 Boulevard Voltaire - 01000 BOURG EN BRESSE

Tel 04 74 21 88 24

 

Février 2009

Cette année, le 15ème rapport annuel commun de notre collectif est destiné particulièrement aux syndicats des salariés appelés actuellement à négocier sur la réforme de la médecine du travail.

Il leur est donné par l'hypercontexte dramatique ambiant, d'actionner le levier de l'espérance qui pourra lever la malédiction qui pourrit l'existence de la médecine du travail depuis plusieurs décennies. Pour cela, nous ne pensons pas qu'il soit judicieux de s'enfermer à huis clos avec le patronat. Nous ne pensons pas, vu les enjeux majeurs en santé au travail, que ce procédé soit conforme aux exigences démocratiques. Nous pensons que la situation justifie que les syndicats interpellent directement l'Etat sur les fondamentaux qui pourront conférer une forte impulsion positive à la médecine et la santé au travail. Parmi ces fondamentaux, il y en a 2 qui sont absolument vitaux pour le sort de la médecine du travail. Sans ces deux points, au mieux il s'agit de maintenir la profession dans son statut de faire semblant et de bouc émissaire, au pire il s'agit de la laisser glisser subrepticement mais délibérément sur la pente d'une euthanasie programmée. Nous pensons que cette deuxième perspective est très sérieusement de l'ordre du possible. Et si c'est le cas, nous trouvons que c'est franchement insupportable que cela puisse se faire sans la transparence d'un débat public.

 

A propos des deux points dont la prise en compte pourra à elle seule insuffler efficacement de l'élan vital et faire émanciper la médecine du travail, il s'agit premièrement de rompre enfin et définitivement le lien incestueux entre le patronat et la profession en rendant minoritaire son rôle dans la gestion des services et deuxièmement de maintenir l'entretien régulier clinique des salariés avec le médecin du travail. L'abolition du premier est aussi cardinal que le maintien du deuxième point.

 

Comme c'est étrange de devoir se mobiliser et de devoir argumenter autant pour de telles évidences. Et ces deux points sont aussi évidents à défendre que l'évidence de l'opportunité historique pour le faire, comme pour exiger de vrais changements favorables à l'humain et à son développement, compte tenu de son effondrement. Nous pensons sincèrement que quelque chose est de l'ordre du possible, qu'il ne s'agit pas d'incantation, qu'il y a en effet une opportunité historique qui se présente aux syndicats des salariés pour obtenir les changements pertinents dans le domaine de la médecine du travail. Il faut pour cela évidemment qu'il y ait un positionnement intersyndical unitaire d'envergure. Est-ce de trop quand il s'agit du sort de millions de salariés ? Est-ce de trop si on constate le degré de déshumanisation inédit dans la période contemporaine des rapports au travail ? Est-ce de trop quand on sait que les leçons du scandale du crime social de l'amiante n'ont toujours pas été tirées, en particulier concernant la redoutable capacité du patronat à anesthésier les acteurs de régulation ?

 

N'est t-il pas grand temps de se rattraper pour réparer des décennies de passivité sur le sort de la médecine du travail et ceci dans l'unique intérêt de la santé des salariés ?

 

Oui il y a l'évidence d'une opportunité historique que fait émerger la terrible réalité de la crise financière majeure : catastrophe qui fait éclater la vérité sur la nocivité, la démence et l'échec d'un système en fin de course. Un système dont la marche en avant ces 20 dernières années  - et là nous sommes des praticiens de terrain parfaitement légitimés pour en parler -  a engendré l'incroyable piétinement du travail et des valeurs humaines au travail en faisant glisser le monde sur la pente dangereuse de l'effondrement  humain. L'intensité de la crise favorisée par des choix politiques bien identifiés, ne peut pas ne pas avoir fait bouger les consciences et fissurer le mur de certitudes des tenants du système. Même s'ils ne laissent rien transparaitre, s'ils maintiennent comme ils le font le cap de leurs convictions idéologiques et en dépit de leurs discours pour embrouiller les esprits, il y a obligatoirement une brèche conséquente dans leur posture à travers laquelle il est indispensable de se faufiler pour affirmer la terrible vérité sur les dégâts humains occasionnés par des années de logique délétère et pour peser sur les décisions politiques afin qu'elles soient moins défavorables à l'humain et à son développement.

 

Oui, il y a l'opportunité historique que procure le paradoxe de l'émergence de l'espérance à partir d'un trop plein de désespérance ; l'opportunité historique pour le juste positionnement unitaire d'envergure des syndicats de salariés, rompant avec la routine mortifère du jeu social gangréné par l'hypocrisie dans le domaine de la santé au travail. Rappelons qu'il a été amplement démontré via les drames successifs en santé au travail qu'elle est un déterminant majeur dans la santé des populations.

 

Comment se fait-il que personne ne trouve à redire sur le scénario toxique récurrent dans lequel l'Etat se défausse sur les partenaires sociaux, qui même s'ils font état de la manœuvre en mettant la puissance publique devant ses responsabilités, continuent la négociation ou plutôt le marchandage dont on connait par avance l'issue : un cheminement quasi-mécanique vers l'élaboration de compromis voire de compromission qui reste totalement favorable au patronat, des petits arrangements accordés par celui-ci restant possibles aussi longtemps que l'on ne touche pas à l'essentiel de son intérêt, que l'on ne touche surtout pas à ce qu'il considère comme relevant de sa possession atavique :  ne pas toucher à sa mainmise sur la gouvernance de la médecine du travail. Le comble, c'est qu'on lui a laissé cette gouvernance sans difficulté pendant des décennies. Est-ce pour ne pas le froisser ou s'agit-il d'un troc pour obtenir autre chose de plus valorisant que la médecine du travail, cette « chose » considérée secondaire, non attrayante, et non désirable. Nous voilà avec cet autre questionnement : des acteurs sociaux aux représentants de l'Etat, a t-on fait montre réellement d'un intérêt pour la médecine du travail ? Suffisamment de décennies se sont écoulées depuis la création de l'institution pour affirmer qu'incontestablement, c'est le patronat qui s'est le plus intéressé, et de loin, à la médecine du travail avec constance et efficacité. Ce fort intérêt se nourrit du désintérêt des autres pour évidement mieux museler la profession.

 

Avez-vous idée, Mesdames et Messieurs les représentants de salariés, de ce qu'est la gestion patronale au quotidien quand il s'agit de maitriser tout ce qui peut gêner leur intérêt ? Bien sûr que oui ! Comment peut-on, alors, feindre d'ignorer la redoutable efficacité depuis toujours du patronat français quand il s'agit de marquer de son empreinte toutes les énergies censées contrebalancer leur pouvoir pour mieux les freiner, voire les canaliser dans le sens de leurs intérêts. Si les retombées n'étaient pas aussi néfastes, il faudrait sûrement féliciter le patronat pour cette remarquable efficacité : efficacité dont les ressorts s'originent forcément du côté du manque de fermeté voire de collusion de l'arbitre censé veiller à l'intérêt général et du déficit de la démocratie sociale.

 

Est-ce de l'exagération ? Alors, comment expliquer sinon, la situation particulièrement sévère en France concernant la santé au travail ? Fait-on semblant d'ignorer que les effets propres à la déferlante libérale et ses dégâts considérables sur l'humain se sont ajoutés à ceux de la situation préexistante dans le pays, liés à la tradition de mauvaises conditions de travail. Comment expliquer cette spécificité française si ce n'est par la redoutable efficacité de longue date du patronat à freiner l'élaboration des liens entre santé et travail et à verrouiller ou à contourner tous les dispositifs et acteurs missionnés pour traiter ces questions ? Pour être complet, il y a évidemment la forte interaction avec l'hypocrisie du jeu social et l'ambiguïté des pouvoirs publics que nous décrivons dans ce texte, mais aussi le rôle du monde médical longtemps empêtré dans une tradition eugéniste. Souvenez-vous de l'histoire de la silicose : du fait des mécanismes décrits, la reconnaissance en maladie professionnelle de la silicose se fera avec 25 ans de retard en France par rapport à d'autres pays européens. Et sur l'affaire de l'amiante, souvenez vous de ce qu'écrivait le Docteur Imbernon, épidémiologiste, en 2000 : « La situation en France est à l'évidence défavorable... Le risque de mésothéliome continue d'augmenter fortement chez les générations les plus jeunes en France, alors qu'il diminue nettement dans divers pays... et cela montre que nous avons au moins 20 à 30 ans de retard sur ces pays. » Et pour poursuivre sur cette affaire, encore et toujours, quelle explication donner pour expliquer ce scandale (révélé grâce à des associations de victimes) avec ses 100 000 morts attendus d'ici 2025 ? Quand on sait que la nocivité de l'amiante est connue non pas depuis un siècle, mais depuis Pline l'Ancien, il est impossible d'incriminer uniquement la seule et évidente responsabilité des lobbies sans pointer celle des autres acteurs qui ont failli à leur devoir de régulation. Il est d'autre part essentiel de revenir sur le sinistre Comité Permanent Amiante qui a sévi si longtemps. Quelle leçon en tirer si ce n'est la grande capacité et efficacité du patronat à embrouiller les esprits dans ces comités multipartites mais efficacement encadrés par le patronat. On comprendra mieux notre scepticisme, notre méfiance et en fin de compte notre refus à participer à des actions dites de gestion des risques professionnels dans le cadre du partenariat (assez en vogue actuellement) mais sous l'égide du patronat où, en réalité, en guise de risque, il s'agit plutôt du risque de dilution voire de confusion de rôle des différents acteurs, avec pour résultat de freiner l'élaboration de véritables actions préventives non souhaitées par les entreprises.

 

Donc, de tous ces exemples de drames en santé au travail liés à la question du déficit démocratique, les leçons ne sont toujours pas tirées. Même si le patronat français continue, sous nos yeux, à être celui qui conteste le plus les accidents du travail, y compris les taux d'IPP, en Europe. Il est même question, pour le patronat, de remettre en cause certains indicateurs comme les critères de reconnaissance de maladie professionnelle en visant notamment le tableau 57 sur les troubles musculosquelettiques : quelle interprétation donner à cela si ce n'est leur volonté de freiner la mise en visibilité de ce puissant marqueur de l'intensification du travail ? Compte tenu de ces réalités, est-ce exagéré d'affirmer que négocier du sort des médecins du travail et de la santé au travail avec le patronat n'est pas du tout conforme aux exigences démocratiques s'agissant de questions de santé publique ? Que persévérer dans cette voie, sans tirer les leçons des drames présents et passés, n'est-ce pas continuer à cautionner les dysfonctionnements d'un système et d'engager ses responsabilités dans un processus susceptible de générer des drames en aval comme dans l'affaire de l'amiante. Et le cas échéant, il serait injuste que le médecin du travail, aussi coupable qu'il pourrait l'être dans le cadre de sa responsabilité médicale individuelle, puisse se trouver seul à être inculpé (en coresponsabilité avec l'entreprise) aussi longtemps que les dés seraient ainsi pipés. Alors, n'est-il pas grand temps de profiter de l'occasion extraordinaire qui se présente à vous, les représentants des salariés, d'affirmer devant la Nation et indépendamment des positions de l'Etat et du patronat, que le risque de dysfonctionnement est inévitable dans les services de médecine du travail et de santé au travail aussi longtemps que la gestion de ces services sera démocratiquement déséquilibrée : aussi longtemps que les employeurs seront juge et partie dans l'affaire, ils continueront efficacement à façonner la profession et à canaliser voire à instrumentaliser les pratiques des médecins du travail. D'ailleurs, pourquoi s'en priveraient-ils ? Pour cela, il faut arrêter d'ergoter et de faire dans les demi-mesures. Ces tragi-comédies de boulevard pourraient prêter à sourire s'il ne s'agissait pas du sort dramatique de millions de salariés mais aussi de la dignité professionnelle des acteurs censés s'occuper de la santé au travail. Nous vivons et pratiquons au quotidien ce problème de gouvernance inadaptée et déséquilibrée depuis trop longtemps pour ne pas savoir précisément quel est le niveau de vraie réforme et la hauteur des changements qui pourraient donner son envol à la médecine du travail. Quelle meilleure preuve de cette non volonté à vouloir changer en profondeur l'institution que la succession de toutes les pseudo-réformes qui ont émaillé l'histoire de la médecine du travail ces dernières décennies au point que présentement en 2009, vous êtes en train de discuter des mêmes choses, installés dans le même scénario inadapté et dont le déroulement et l'issue sont pratiquement connus d'avance sauf sursaut de votre part du côté de l'espérance. Et ce sursaut ne peut pas être autre chose que la nécessité de peser sur les décisions pour que, outre la question de la sauvegarde du cœur du métier de médecin du travail et le maintien de l'entretien clinique régulier des salariés avec le médecin du travail, tout soit mis en œuvre pour mettre fin à cette gouvernance patronale au quotidien en rendant leur présence minoritaire dans la gestion. Il faut aller au-delà du paritarisme qui restera pleinement favorable aux employeurs : le paritarisme s'inscrit, donc, dans la gamme des demi-mesures, au même titre que l'idée d'étoffer les commissions de contrôle mais en laissant intacte la gouvernance patronale. Que l'on étoffe les commissions de contrôle ne pose pas de problème, bien au contraire, mais ne pas toucher à cette gouvernance patronale au quotidien, comme le préconise d'ailleurs de nombreux rapports, c'est vouloir laisser perdurer délibérément le statu quo dont il faudra assumer les conséquences, et pour lequel nous formulons le vœu que les historiens puissent se pencher à l'avenir sur cette erreur historique. Il faut évidemment aussi en finir avec le système de financement direct actuel qui a sa part de perversion dans le fonctionnement.

 

Vous nous rétorquerez, bien sûr, que la majorité des médecins du travail ne pensent pas comme nous : en apparence, il y a là une vérité qui dessine les contours dramatiques de la médecine du travail. Mais si on se donne la peine de regarder de plus près, on y verra l'enchainement des réalités qui s'emboitent parfaitement dans le processus extrêmement délétère qui lamine cette profession verrouillée depuis toujours. D'abord, il y a le silence d'une partie importante de la profession, et derrière ce silence, sait-on réellement ce que pensent ces médecins du travail de leur sort ? Mais incontestablement, d'autres médecins ne pensent pas comme nous et tiennent même des positions diamétralement opposées. Il s'agit en fait de cette réalité connue du morcellement de la profession à peu près superposable à l'éparpillement des pratiques en médecine du travail autour de l'authentique cœur de métier. Ce cœur de métier, construit laborieusement (du fait des nombreux obstacles) par une minorité dans la profession, à partir des principes du code de déontologie et de l'objectif légal de 1946, est résolument tourné vers l'accompagnement de l'humain confronté aux difficultés qui portent atteinte à sa santé, et la fonction de veille et d'alerte en santé au travail.

 

Si des raisons d'ordre idéologique ou sociologique ont pu favoriser ces réalités de morcellement et d'éparpillement, ceux-ci sont surtout et de loin, les résultats de l'action de la puissante mécanique aux multiples rouages qui cadenasse la médecine du travail depuis sa création : gestion patronale à l'efficacité redoutable, posture ambigüe des pouvoirs publics, intérêt limité voire désintérêt des représentants de salariés, gestion par l'aptitude... Cette véritable spirale infernale - avec en particulier la poigne efficace de la gestion patronale- a obéré l'émancipation de la profession et de cet étouffement, a résulté un empêchement de la construction par les médecins du travail des règles de métier communes au plus grand nombre. Il y a donc un affaissement du métier qui se traduit par un affaissement identitaire de la communauté des médecins du travail. C'est ce qui explique la grande difficulté d'une bonne partie de la profession à s'affirmer, d'où son silence qui contraste avec les bouleversements en santé au travail ces dernières années. D'autre part, ces réalités la rendent vulnérable aux influences extérieures : du patronat, omniprésent, qui encourage et protège les pratiques affadies, mais aussi d'autres acteurs professionnels, de spécialités voisines, qui pensent parfois, en toute bonne foi, avoir des idées bien arrêtées sur ce que doit faire le médecin du travail mais qui proposent à celui-ci des activités qui sont éloignées ou qui ne sont pas miscibles avec le cœur du métier, c'est-à-dire avec le point de vue spécifique du médecin du travail, tel qu'il doit l'être compte tenu des exigences déontologiques, légales, et des graves constats en santé au travail. Dans cet ordre d'idée, la question de l'approche statistique en médecine du travail doit être démystifiée car on l'oppose trop souvent à l'approche clinique du médecin du travail. Si personne ne met en doute l'intérêt de la chose statistique qui peut éclairer le médecin du travail dans sa pratique, elle ne peut se substituer à l'approche clinique qui reste bien évidemment centrale dans le métier du médecin du travail.

La réalité est que l'approche statistique comme l'objectivisme évaluateur devienne caricaturalement une fin en soi. Que ces constats accablants s'accumulent en santé au travail et que les résultats des études multiples s'empilent, peu importe, il faut continuer à évaluer. C'est que l'heure n'est pas du tout en faveur de la mise en place des actions de transformation : mener de telles actions à la hauteur des constats nuirait forcément à la marche en avant du système. Donc, continuons à évaluer et à démultiplier les études ! D'autre part, il y a la question de la pluridisciplinarité qui reste souvent cantonnée dans le registre de l'information des employeurs. Il faut donc continuer à informer alors que nous savons pertinemment que la plupart du temps, ce n'est pas par défaut d'information que les transformations favorables à la santé au travail ne se mettent pas en place dans les entreprises.

 

Au total, la médecine du travail arrive assurément à un stade très critique de son cheminement chaotique : elle est véritablement à un point culminant de basculement. Ou on procède à une levée des obstacles (c'est le versant espérance) et il s'en suivra obligatoirement une dynamique de mobilisation et de construction du métier sans précédent, favorisant un accroissement identitaire des médecins du travail, une émancipation de la profession et ses retombées positives bénéfiques pour la société dans son ensemble. Ou on persiste dans le statu quo laissant glisser une majorité de médecins du travail vers des pratiques affadies, donc vers un aplatissement du métier, ce qui le rendra plus vulnérable à son euthanasie.

 

Cette deuxième perspective, pleinement défavorable à la profession, il nous est difficile de ne pas la percevoir comme étant sciemment programmée avec une mise en scène du type « baiser de la mort » pour reprendre l'expression et l'analyse d'un spécialiste en santé au travail. Nous l'avons dit, cela est franchement insupportable que cette deuxième perspective puisse se faire sans la transparence d'un débat public. D'autre part, ce sera de l'ordre d'un beau gâchis car, malgré tous les obstacles et la formidable hypocrisie sociale sur la médecine et la santé au travail, une minorité de médecins du travail a construit un métier parfaitement en adéquation avec les objectifs déontologiques, légaux et les critères d'efficacité. Il est parfaitement possible de coaguler les médecins du travail autour de ces vraies règles de métier et donc de mettre la profession en ordre de marche optimale. Enfin, c'est un leurre  de penser que des préventeurs non médecins feront mieux que les médecins du travail aussi longtemps qu'on ne réglera pas les problèmes de fond longuement décrits dans ce texte, comme la question de la gouvernance patronale en santé au travail. A moins qu'il ne s'agisse d'autre chose comme explication : à savoir, qu'après avoir épuisé les ressorts de la médecine du travail comme bouc émissaire avec l'exploitation de ce filon pendant des décennies, l'heure est venue de procéder au remplacement par un autre filon (non médical) répondant mieux aux critères des logiques comptables et censé servir à des fins identiques pour une période confortable de plusieurs décennies à venir. Il fallait d'autant plus accélérer le changement qu'une minorité de médecins du travail a eu l'idée corrosive d'élaborer un métier bigrement efficace, susceptible d'être approprié par le plus grand nombre de leurs confrères : il s'agit donc d'un danger sérieux pour la marche du système, qu'il fallait contourner.

 

Nous avons été redondants - parce que nous le jugeons nécessaire - sur la question de la gestion patronale. Nous le serons aussi au sujet du maintien de l'entretien clinique régulier des salariés avec le médecin du travail. Ces deux dimensions sont intimement liées et sont consubstantielles à l'authentique métier du médecin du travail et à son développement. Nous rappelons, donc, combien il est indispensable d'œuvrer pour maintenir cet entretien clinique régulier. S'éloigner de cette suprême évidence, c'est non seulement vider la médecine du travail de sa substance mais tout simplement, c'est se mettre en grave contradiction avec le code de déontologie médicale (qui est inscrit dans la loi) et avec la responsabilité médicale individuelle du médecin du travail qui structurent son rôle autour de l'accompagnement des personnes et de la fonction de veille et d'alerte. Ces postures sont d'autant plus justifiées qu'elles répondent aux critères d'adéquation, de pertinence et d'efficacité compte tenu des constats de très forte diffusion de la souffrance dans le monde du travail, qui ne peuvent s'appréhender que par les entretiens médicaux. Nous ne dirons donc jamais assez de la puissance diagnostique qui nous est donnée via cet entretien régulier avec les salariés pour attraper non seulement la question de l'énorme impact mental actuel mais aussi l'évolution qui est à l'œuvre dans le monde du travail et également pour saisir l'intelligibilité de tous les autres aspects qui impactent la santé y compris dans la dimension physico chimique.

 

Il est question longuement du métier de médecin du travail dans ce texte. Il ne s'agit évidemment pas de faire dans le nombrilisme mais de témoigner du poids de l'hypocrisie sociale qui déstructure son métier : les conséquences en sont graves, non seulement parce qu'il y a atteinte à la dignité étant empêché de bien faire son travail, mais aussi parce que les objectifs assignés deviennent par conséquent difficiles, voire impossibles à atteindre, concernant la santé au travail et ses enjeux majeurs. D'ailleurs, il est difficile de ne pas faire de corrélation entre cet empêchement et le fait que la santé au travail n'a pas cessé de se dégrader ces vingt dernières années. Ce qui nous amène à cette réalité de communauté de destins : le médecin du travail qui est confronté non seulement au ressenti de sa propre indignité à ne pas pouvoir bien faire son travail mais aussi, comme praticien, à celle des salariés dont il a la charge. Nous touchons, avec ce dénominateur commun de ne pas pouvoir bien faire son travail selon les vraies règles de métier construites par les pairs qui définissent le travail bien fait et selon les critères d'efficacité technique, de justesse et d'exigences éthiques... les mécanismes intimes du mal être et de la souffrance au travail et sa très grande diffusion révélatrice de l'extension pratiquement totale des phénomènes délétères dans tous les secteurs d'activité du monde du travail.  « L'appel des appels », ce manifeste lancé actuellement par des acteurs professionnels des secteurs de l'enseignement, de la justice, des hôpitaux, du monde de la culture... pour exprimer leur exaspération quant aux attaques à répétition portées à leurs métiers est révélateur de l'aggravation et de l'extension du désastre. Ce manifeste revêt une importance particulière car il s'agit de professions qui souffraient sûrement en silence jusqu'ici mais, devant subir des paliers d'aggravation supplémentaire dans la déstructuration de leurs métiers, montent au créneau pour alerter sur la gravité de cette réalité devenue épidémique : le travail dégradé et ses conséquences graves en particulier pour eux en terme de régression éthique. Ce cri d'exaspération provenant de catégories socio-professionnelles supérieures et qui fait irruption dans l'espace du débat public, non seulement témoigne du degré de décomposition de la société mais il éclaire sur l'aggravation de la nocivité du système qui en est la cause et qui est allé trop loin. Il éclaire aussi sur le poids énorme des torts faits au travail dans cette décomposition. Et concernant le trop plein de désespérance actuel, au sujet duquel on ne pourra pas sempiternellement continuer à regarder ailleurs, il ne serait plus possible de ne pas inscrire la question du travail dégradé et les conséquences graves du massacre des métiers parmi les grandes urgences nécessaires pour reconstruire l'émancipation humaine et la cohésion sociale. Avec l'avènement de la crise économique, il ne faudra pas qu'à nouveau, les préoccupations bien naturelles liées à la crise de l'emploi supplantent celles liées au travail dégradé. Il ne faudra pas non plus prendre le chemin des mêmes erreurs commises dans le passé pendant de nombreuses années, de sacrifier le travail et la santé au travail sur l'autel d'autres préoccupations, ce qui a lourdement contribué à installer le travail sur la pente de sa dégradation.

 

D'une constatation désespérante, un principe d'espérance : c'était le titre de notre rapport annuel commun d'activités il y a déjà 4 ans. C'est dire qu'il était déjà donné par l'auscultation du monde du travail, de diagnostiquer l'hyperpathogénicité de la marche en avant du système. Rappelons que l'histoire du collectif des médecins du travail de Bourg en Bresse s'inscrit en parallèle avec celle du durcissement du monde du travail ces 15 dernières années. Ce collectif s'est construit suite à des affaires d'atteinte à l'indépendance de certains d'entre nous et à partir de la dynamique suscitée par la recherche de sens et d'efficacité et par la nécessité absolue de construire des règles de métier inexistantes dans un contexte de dégradation en continu des conditions de travail. La question du témoignage et de l'alerte devenant une ardente nécessité comme levier d'action et cela ne s'est jamais démenti. L'échelle d'intelligibilité construite à partir de milliers de consultations nous a conduit au passage obligé de la lecture politique, et nous a donné rapidement à diagnostiquer la nocivité et la folie de la marche en avant d'un système à tel point que dans notre rapport annuel de 2007 nous faisions état d'un changement dans l'échelle de gravité d'une situation déjà inquiétante et de logiques aggravées de domination et de déshumanisation. L'actualité n'a-t-elle pas validé cette hypothèse via la catastrophe financière qui n'est pour nous, que le marqueur de la somme de pressions considérables exercées sur le travail et les conditions salariales. Au passage, soulignons encore une fois l'intérêt majeur de l'entretien régulier des salariés avec le médecin du travail qui nous permet de faire de tels diagnostics précis : nous priver de ce moyen serait nous couper d'une source extrêmement précieuse de construction d'intelligibilité des situations et du monde du travail. Cette catastrophe financière pleinement prévisible fait éclater la vérité sur toute la laideur et l'ignominie du système. Elle confirme la réalité des logiques de domination et de déshumanisation et le fait que ce système vise l'enrichissement paroxystique d'un petit nombre de privilégiés au détriment de l'extrême relégation du plus grand nombre. Elle confirme la très grave crise politique qui a permis des déséquilibres aussi abyssaux. Cette évolution n'a été possible que parce que le personnel politique, dans sa grande majorité, a basculé ces 25 dernières années du côté de l'idéologie dominante et que son système de pensée et de gouvernance du monde est présenté comme horizon indépassable. Il est clair que ce qui va marquer durablement et profondément les esprits c'est que les gouvernements des pays riches ont pu trouver en si peu de temps des milliers de milliards de dollars pour sauver le système alors qu'il n'y en avait pas quand il s'agissait de réparer les dégâts colossaux en lien avec les inégalités gravissimes provoquées par ce même système, de traiter les fléaux voire les abominations qui sévissent dans le monde... Un seul exemple suffit pour pointer l'horreur : le fait qu'un enfant meure de famine en Afrique toutes les 5 secondes et qu'il suffirait d'une fraction minime de la somme colossale dépensée pour sauver le système, pour endiguer ce fléau mais aussi tous les fléaux de la terre. Cette catastrophe révèle tout simplement l'extrême banalisation du mensonge par les tenants du système et des décideurs politiques.

 

Mais attention ! Une catastrophe peut en cacher une autre : celle de l'irruption de la terrible colère humaine qu'il ne serait plus possible de contenir. Mais à l'instar de l'exclamation de cet ouvrier capté lors d'une consultation de santé au travail que nous avions repris en sous titre de notre rapport annuel 2007 et que nous reproduisons ici « Mais comment peut on penser que le monde va pouvoir continuer à tourner comme ça ?».

 

Une autre vision du monde et d'alternative politique remettant l'humain, les grands équilibres du monde et de la planète au centre des préoccupations, nous semble à terme inévitable. Il est impossible d'imaginer que l'on va pouvoir continuer à vivre dans cette société devenue invivable sauf pour un petit nombre de privilégiés, du fait de ces logiques de domination et une de ses graves conséquences : le piétinement du travail et des valeurs humaines au travail.

Le monde et le monde du travail sont malades de désespérance. Le monde et le monde du travail ont soif d'espérance.

Nous l'avons écrit, nous touchons du doigt le paradoxe de l'espérance à partir du trop plein de désespérance. Il y a une opportunité historique à se positionner sur la voie de l'espérance. Pour le monde et le monde du travail, cela suppose un changement de perspective considérable mais cela devient incontournable.

Pour la médecine et la santé au travail, se mettre sur les rails de l'espérance suppose juste un positionnement syndical unitaire et d'envergure (donc rien de fantastique) pour défendre les 2 points longuement développés dans ce texte (on vous le rappelle, l'abolition de la gestion patronale et le maintien de l'entretien clinique régulier des salariés avec le médecin du travail), démarche qui n'est pas franchement de l'ordre de l'inatteignable mais dont les résultats seront d'une ampleur considérable pour l'émancipation de la médecine et de la santé au travail.

 

Mais il est entendu que pour être efficace, l'action de la médecine du travail a incompressiblement besoin d'être mise en synergie avec celle des acteurs de l'Inspection du travail, de la CRAM (eux-mêmes désenclavés et légitimés dans leurs fonctions) ainsi qu'avec la démocratie sociale pleinement émancipée.



8. La crise est devant nous

Les 90 000 chômeurs supplémentaires annoncés par le gouvernement pour le mois de janvier 2009 sont un avant-goût de l'ampleur de la crise qui vient. Intérimaires, CDD... ont été les premières victimes des dégraissages massifs. Le chômage partiel, l'apuration des RTT, des congés ont retardé pour bon nombre de patrons le recours aux licenciements. D'un côté les patrons font monter les enchères pour obtenir toujours plus d'allègement de charges. Le gouvernement est totalement à l'écoute. De l'autre ils obtiennent de la part des salariés, menacés de chômage, une multitude de concessions, sur les horaires, l'amplitude de travail, la sécurité... Tout cela étant géré de façon à ce que la brutalité des mesures ne provoque pas des réactions violentes dans une ou des usines qui pourraient mettre le feu aux poudres.

Aucun moyen de contrôler les décisions des patrons

Le recours au chômage partiel, comme à Saint-Gaudens, à Continental Pamiers, les délocalisations comme chez Albasud (82) ou des licenciements... s'appuient exclusivement sur des rapports des patrons, transmis certes au comité d'entreprise quand la taille de l'entreprise l'impose. Ce dernier enregistre, conteste, commande une expertise, peut activer le CHSCT... mais jamais ne peut arrêter la marche de la casse de l'emploi. Tant que les salariés ne pourront pas mettre leur nez dans les affaires des patrons, ceux-ci pourront toujours décider du sort de leurs salariés, du moment des licenciements... Il arrive que grâce aux batailles juridiques, les patrons soient contraints de revoir leur copie, mais tôt ou tard ils trouveront la faille pour licencier, fermer, partir.
Les batailles juridiques, sans rapport de force, sans luttes sociales d'envergure ont leurs propre limites. Les licenciements et les attaques contre le droit du travail cesseront quand les salariés du secteur industriel mèneront des luttes d'ampleur coordonnées à l'échelle d'une ville, d'une région. Quand on examine la situation de l'emploie en Midi-Pyrénées on voit très clairement une menace sur des pans entiers de l'économie : le papier à Saint-Girons et Saint-Gaudens, le textile à Lavelanet, tous les équipementiers automobile Continental (09), Molex (31), Bosh (12), l'aluminium (82). L'aéronautique est pour le moment préservée mais pour combien de temps ? Il y a place pour une grande mobilisation pour l'emploi.

Des attaques pour remettre en cause le droit du travail

La revendication des salariés de Continental exigeant le paiement du chômage partiel à 100 % est totalement juste car elle pose la question de la redistribution des richesses accumulées par le patron quand le carnet de commande est plein. Ces gains de bénéfice doivent retourner dans les poches de ceux et celles qui les ont produits quand la situation l'exige. Cela devrait être une revendication essentielle pour les syndicats.
Ce que préparent les patrons via les députés UMP, c'est l'annualisation du temps de travail, des semaines de 50 heures quand le patron a besoin des ouvriers, des semaines de 20 heures ou sans travail quand le patron n'a pas besoin de tous ses ouvriers.

Les dégâts collatéraux du chômage

La Dépêche signalait une montée en puissance des Restos du cœur à Lavelanet, ville touchée de plein fouet par la crise du textile. 440 inscrits en 2008, 520 en 2009 avec de plus en plus de familles gagnant juste au-dessus du Smic. Ces familles décrivent leur difficulté à manger équilibré. On imagine les difficultés de ces familles à se soigner, à accéder aux loisirs... Pas étonnant que dans cette période de crise les fabricants de système D prospèrent qui, pour expliquer comment on mange moins cher (Coffe avait conseillé à Besancenot à l'émission Vivement dimanche de tenter les têtes de saumon !) d'échanger les habits... Les Echos ont publié un guide « de survie pour temps de crise ; face aux licenciements à venir garder la bonne humeur, vivre, sortir... et penser que demain ça ira mieux ». Ce système D existe depuis bien longtemps. Les habitants des quartiers des villages le pratiquent depuis belle lurette. En ces temps de crise il est porteur d'un autre message : face à la crise, la grève et la manif ne valent rien face au système D... entre pauvres.

Tous aux abris

Le Monde vient de publier un article très étrange. il s'agit de conclusions des experts du LEAP/Europe qui prévoit une récession brutale atteignant « une phase de dislocation politique au 4e trimestre ». Cette note prévoit enfin des scènes de « semi-guerre civile en particulier dans les zones où circulent des armes à feu ». Les USA seraient directement concernés et les auteurs de cette note ont constaté déjà des migrations vers l'Europe. Récession en Europe, dépression aux USA. Brrr ! D'après La Tribune du 27 février, le directeur des études du LEAP/Europe, Franck Biancheri, « est un spécialiste du catastrophisme. En 1999, il publie une note au titre évocateur : "UE 2009 : quand les petits-fils de Franco, Hitler, Mussolini et Pétain prendront le contrôle de l'Europe" ». Rien d'étonnant donc à ce que son think tank prédise en 2009... ce qu'il avait prédit dix ans auparavant ! La clientèle du « marché du pronostic catastrophe » doit en avoir pour son argent !

Mais quand la bourgeoisie joue à se faire peur, ça sent la reprise en main d'institutions qui partent à vau-l'eau. Du pronostic à sa mise en œuvre, la tentation est forte. Franck Biancheri préside les Newropeans, « le premier mouvement politique transeuropéen », qui devraient se présenter aux élections européennes de juin. Bon ! on ira voir de quels « petits-fils » seront constituées ses listes. A suivre...


9. Carton jaune pour France Télécom

La misère de l'ex-service public

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Fin février la direction de France Télécom déclenche encore des « plans de solidarité  pour faire face aux manques d'effectifs, aux manques de moyens matériels et tenter de rétablir dans les Landes en particulier le téléphone fixe et mobile. Cette deuxième confrontation (1999-2009) de l'ex-service public avec des situations extrêmes est sans appel. La privatisation a porté un coup fatal aux capacités des agents de France Télécom d'agir vite pour rétablir un service vital en temps de crise. Les actionnaires avides de dividendes n'ont que faire des délais qu'il faudra pour rétablir un paysan des Landes ou du Gers.

Cette deuxième alerte devrait attirer l'attention des syndicalistes, des élus, des citoyens à une vaste échelle. Demain, en cas de crise majeure sur une partie importante du territoire, des services vitaux n'étant pas capables de faire face à cette situation, les conséquences seraient catastrophiques pour la population. Sur ce terrain-là nous sommes sur le point de rejoindre par le bas les USA, capables de faire la guerre partout dans le monde mais incapables de venir en aide à la population de la Nouvelle-Orléans.

Une alerte qu'il faut prendre au sérieux

C'est sous ce titre que Le Parisien-Aujourd'hui en France montre du doigt France Télécom : « Pendant plusieurs jours après la tempête, les Landes se sont retrouvées dans un vrai trou noir de communication. Ni les fixes ni les portables ne fonctionnaient... » Et le journal de citer le président du conseil général des Landes, Henri Emmanuelli : « Même les réseaux de gendarmerie ou de la DDE ne fonctionnaient plus... je vais demander une commission d'enquête parlementaire. » Pour lui, « il va falloir imposer des contraintes à France Télécom pour la gestion du réseau, ou trouver d'autres solutions », car « le chiffre d'investissement de France Télécom en Aquitaine est ridicule ».

La crise pour remettre en cause les acquis

L'ampleur de la crise sur les réseaux de France Télécom s'explique en premier lieu par la baisse d'investissement sur les réseaux, par le manque de techniciens d'intervention, par une sous-traitance galopante travaillant dans des conditions lamentables. La crise a servi à brader les 35 heures en systématisant les heures supplémentaires. Les techniciens ont travaillé 55 heures hebdo sur 7 jours au mépris des conditions de travail et de sécurité. Très souvent ces multiples plans d'alerte n'ont servi qu'à masquer le retard de travail dans la relève de dérangements. Henri Emmanuelli soumettait l'idée d'imposer des contraintes à France Télécom. Chiche ! C'est une bonne idée... surtout quand on a participé de près à la privatisation de l'opérateur.

 


10. La Poste : à coups de barre et ça repart !

procs_des_privatiseurs La situation et les relations sociales à la Poste s'aggravent. Les camarades des Hauts de Seine en grève depuis 7 semaines viennent, pour trois d'entre eux, de se voir agresser par un cadre de la Poste à coup de barre au centre courrier de Nanterre. Résultats, arrêt de travail et dépôt de plainte d'un côté et campagne calomnieuse de la Poste sur le déroulement des faits. Allant jusqu'à utiliser un montage photo pour appuyer sa communication en interne auprès des postiers, on voit que la Poste ne recule devant rien...on peut consulter toutes les infos ici.

Chaud du stylo, démago mais pas gaucho !

Un Mars c'est ce que devrait prendre certains [les organisations syndicales], participants du comité départemental de défense du service public postal sur le 31 pour se bouger un peu plus et par la même occasion interpeller les postiers, défendre l'emploi et le service public. Car, outre les déclarations ultra - gauchiste lors des manifestations du 23 septembre, 22 novembre et 29 janvier de la part d'un représentant syndical, il ne faut pas se tromper. Ce même représentant est, ce que l'on appelle "un chaud du stylo", toujours prompt à signer les accords dans les établissements et ce au mépris des règles élémentaires de bienséance, à savoir rencontrer les collègues avant de commettre l'irréparable. Du pain bénit pour la Poste et des coups de barre qui se perdent contre la bureaucratie syndicale.

Du retard dans les actions...

Plutôt pris, ces derniers temps, par la crise sociale en Guadeloupe, il ne faut pas supposer que pour autant l'annonce faite par Sarkozy sur le changement de statut et l'ouverture du capital sera lettre morte. L'apathie des organisations syndicales du 31 sur la situation en Guadeloupe, ne laisse augurer rien de bon pour la défense du service public postal. Le décès d'un camarade et la lutte menée par les Guadeloupéens, il aura fallu attendre une timide réaction de solidarité 4 semaines après par des rassemblements et manifestations. A croire qu'on aime rater les voyages sociaux, mais là on se pose la question de savoir si les organisations  en question étaient dans la bonne gare. Il est donc inutile d'attendre quoique ce soit de la part d'organisations tant syndicales que politiques qui s'achètent une virginité en se déclarant partie prenante des actions du comité de défense de service public postal mais dont l'absence totale lors de réunion résonne comme un désaveu ou un frein à toute initiative collective.

Les 2 vont de pairs.

La défense du service public postal viendra pour partie des comités locaux de défense de service public postal mais avant tout par la mobilisation des postiers [et non par l'attente d'un référendum]...les 2 ne peuvent pas être que complémentaires et non substitutifs ! Quant aux absents, les organisations syndicales et politiques, ils ont toujours tort. A la barre, le NPA31 a lui été présent à chaque réunion tout comme des collectifs moins pourvus de force militante.



11. Tous ensemble pour le retrait de la loi Bachelot, et pour bâtir un meilleur accès aux soins !

depuis le 10 février, le projet de loi Bachelot est en débat au Parlement. Ce projet de loi veut privatiser l'Hôpital Public, il aura pour conséquences la fermeture et le regroupement de services et d'établissements, des dizaines de milliers de suppressions d'emplois, la transformation complète de l'hôpital en entreprise « rentable ».

 

Rare sont les professionnels de Santé qui ne
sont pas rentrés en guerre contre la loi Bachelot

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Le ras le bol monte partout, contre les déclarations scandaleuses de Bachelot considérant que les maux de l'Hôpital viennent de l'incompétence des agents, alors que nous savons tous que ce sont les moyens qui manquent.

Une première initiative contre cette loi a eu lieu à Paris, le 12 février à l'appel de l'intersyndicale de l'AP-HP (Assistance Publique-Hôpitaux de Paris). Une manifestation importante s'est rendu au parlement pour exiger le retrait de cette loi.

Cette fois, ce sont les syndicats de personnels hospitaliers (CFE-CGC, CFTC, CGT, FO, SUD) et de médecins hospitaliers (AMUF, CPH, INPH, SNPHAR) qui se mobilisent pour une journée de grève le 5 mars prochain.

Pour faire reculer le pouvoir, il est dans l'intérêt de tous, qu'un mouvement d'ampleur nationale, de grève, de manifestation et d'actions débute le 5 mars avec le soutien des associations d'usagers, des comités de défense des hôpitaux... Nous devons dès maintenant les préparer dans les Assemblées Générales du CHU de Toulouse, dans nos services et dans nos syndicats.

 

Des milliards pour les banques mais rien pour la sécu

 

Quand il s'agit de trouver l'argent pour permettre à tous de se soigner, les « caisses sont vides » d'après le gouvernement. Le soi disant « déficit de la sécurité sociale » existe seulement parce que chaque année 34 milliards d'euros de cadeaux sont faits aux entreprises, sous forme d'exonérations de cotisations sociales .

Si le patronat payait son dû, non seulement il n'y aurait pas de « déficit », mais il serait possible d'améliorer très fortement le système de soins !

Aujourd'hui avec la crise, les masques tombent. Le gouvernement refuse de trouver les quelques milliards qui manquent pour financer la sécurité sociale, mais trouve des centaines de milliards d'€ pour les banques et les grandes entreprises...qui pourtant continuent de licencier !

Ce n'est pas l'argent qui manque, c'est la répartition des richesses qui est en cause. La richesse doit être répartie pour améliorer le quotidien de tous, (par exemple la santé de la population), et non pour profiter à une petite minorité d'actionnaires et de possédants.

 

Une lutte "tous ensemble" contre la politique de Sarkozy

 

Au lendemain du 19 mars, la poursuite d'une mobilisation « tous ensemble » des salariés s'imposera, car chaque secteur isolé risque d'être battu. Les Antilles montrent l'exemple, en se coordonnant pour déterminer une plateforme de revendications claires (200 à 300 euros d'augmentation de salaire par exemple) : C'est en ne lâchant rien qu'on poussera le gouvernement dans ses retranchements.

 

La meilleure solidarité avec les DOM TOM c'est de partir en Grève Générale nous aussi !!!

TOUTES ET TOUS EN GREVE le 5 et le 19 MARS 2009 pour que ça dure et pour gagner !

 


12. Remise en cause de la convention 66

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Depuis maintenant deux mois, les salariés du secteur social et médico-social se mobilisent pour sauvegarder leurs droits que les « syndicats » patronaux tentent de balayer d'un revers de main. Mais cette mobilisation est aussi l'occasion d'informer et de lutter contre les menaces graves qui pèsent sur notre secteur, les usagers, les écoles de formation et donc les travailleurs sociaux en formation...

La première journée de grève a eu lieu le vendredi 23 janvier ; les grévistes occupent le siège de l'ANRAS (le secteur social et médico-social est « géré » par des associations, en réalité, le fonctionnement se rapproche de plus en plus d'un conseil d'administration d'entreprises privées).

Sauvegarder nos droits contre l'attaque patronale

Mais qu'est-ce qui a mis le feu aux poudres ? Le 5 décembre dernier, les syndicats employeurs (SOP, SNASEA et FEGAPEI) remettent aux organisations syndicales un projet de « refonte » de la Convention Collective 66 (CC66). Aucun salarié n'est dupe, avant même de lire le rapport patronal, tout le monde comprend que derrière « refonte », il faut bien sûr entendre « liquidation » de nos droits ! Et le projet est édifiant, c'est tous nos droits, tous les acquis du secteur depuis quarante années qui partent en fumée, un effondrement de la progression des salaires, la concurrence entre salariés... En terme plus technique voici une liste non exhaustive des différentes mesures proposées par les patrons :

- Attaque sur les salaires et mise en concurrence des salariés

=> Suppression en grande partie de la prime d'internat
=> Ancienneté revue à la baisse (une perte qui pourra s'élever à 50 % du salaire sur l'ensemble d'une carrière)

=> Suppression de la référence aux métiers remplacée par la compétence à un poste de travail

=> Individualisation du salaire avec une part variable (on retrouve déjà ces pratiques dans certaines boîtes, comme l'ex-Sonacotra, où une part du salaire relève de la « participation aux bénéfices de l'entreprise »)

- Attaque sur les conditions de travail

=> Suppression des congés trimestriels (au vu de la pénibilité de nos travaux, de la dureté des publics accueillis, de l'amplitude de nos horaires... les salariés du secteur bénéficient de 18 jours annuels supplémentaires, le patronat veut les transformer en 5 jours de repos par an uniquement pour l'éducatif et le soin)
=> Suppression des 3 jours de congé parental

=> Suppression des 6 jours annuels d'ancienneté
=> Suppression du paiement des 3 jours de carence en cas d'arrêt maladie
=> Suppression de la référence aux coupures excessives de travail
=> Atteinte massive au droit syndical

 

Voilà les mesures qui font rêver le patronat !

Voilà les mesures que les salariés combattent !

Loin de céder au défaitisme et la fatalité, depuis deux mois, des centaines de salariés et de travailleurs sociaux en formation se mobilisent pour contrer les projets des « employeurs » et pour imposer une amélioration de nos conditions de travail, regroupée dans une plate-forme de revendications offensives :

 

=> Pas de remise en cause le CC66

=> Pas de salaire inférieur à 1 500 euros

=> 300 euros d'augmentation nette pour tous
=> Réintégration du complément familial
=> Pas de discrimination homme/femme
=> Reconnaissance et référence au diplôme, à la qualification
=> Revalorisation du coefficient de base pour tous les métiers
=> Progression de l'ancienneté sur l'ensemble de la carrière
=> Remplacement à diplôme égal et poste pour poste de tous les départs à la retraite
=> Intégration de l'ensemble des primes dans le calcul de la retraite
=> Paiement des 6 mois d'indemnité de départ à la retraite pour tous, cadres compris, et fin des « parachutes dorés » aux cadres en cas de licenciement

Les forces en présence et le mode d'organisation

La journée de grève du 29 janvier, qui a été un succès et a ouvert perspectives et espoirs pour l'ensemble des travailleurs, a permis une forte mobilisation dans les établissements ; il y eut aussi un important cortège d'étudiantes et d'étudiants en travail social.  Suite à la manifestation, l'Assemblée Générale a réuni plus de 350 personnes, ce qui ne s'était pas produit depuis des années. Au niveau syndical, les forces en présence se limitent à la CGT et SUD (avec des fortes disparités selon les associations, institutions, établissements...).

Cependant la mobilisation reste à construire et à amplifier. D'abord parce que la culture de mobilisation du secteur s'est énormément atténuée avec le temps. Ainsi, rares ont été les établissements à reconduire la grève le 30 janvier ; et l'on doit noter que lorsque ça a été le cas, c'était dans des établissements avec un nombre de salariés important (plus de 50) où ont eu lieu dès le milieu du mois des AG de préparation, d'information qui ont réussi à faire se réunir une majorité des travailleurs de différentes catégories (éducatif bien sûr mais aussi technique, administratif, soins...), avec des équipes syndicales conséquentes et combattives. On peut noter qu'à ce jour, nombre d'établissements n'ont pas eu d'AG et qu'il reste donc à mener un travail de terrain, de conviction et de mobilisation.

D'autre part, il faut bien entendu construire une mobilisation nationale, or précisément, les rapports entre les villes et les régions restent relativement parcellaires et de type « réseaux ». Alors que les collectifs partout en France réunissent la CGT, SUD et une grande majorité de non-syndiqués, il apparaît primordial que le mouvement se dote de structures démocratiques et centralisées de type « coordination nationale des collectifs » pour donner une réelle impulsion nationale à cette mobilisation.

Par ailleurs et pour conclure sur l'organisation et les forces en présence, les travailleuses et travailleurs sociaux en formation se mobilisent aux côtés des salariés. Là encore, il y a un énorme « réservoir » de mobilisation ; l'information et la mobilisation sur le long terme prennent du temps (peu d'étudiants dans les écoles, beaucoup de périodes de stages, éventuelles intimidations des directions...), mais des AG d'établissements et de promotions devraient avoir lieu dans les semaines à venir. La mobilisation se construit aussi en prévision de la grève du 19 mars.

Une lutte contre la marchandisation

Si le départ de la mobilisation se construit contre la tentative de supprimer la CC66, une conscience plus large et politique des attaques contre le secteur social et médico-social se développe.

La revendication  populaire et unificatrice de « Non à la casse de la 66 ! » permet dans les AG et les rassemblements de lutter aussi contre une casse générale du secteur et une volonté de marchandisation. La remise en cause des droits des travailleurs s'accompagne d'un projet plus général de disparition des spécificités de notre métier, de la prise en charge des usagers par des personnels qualifiés, de liquidation des petites structures comme les clubs de prévention, les associations de quartiers... C'est la loi « hôpital, patients, santé et territoires », la loi Bachelot, qui, conjuguée à la Révision Générale des Politiques Publiques (R.G.P.P.) et la réforme des collectivités locales va accentuer le transfert de charge de l'Etat et de l'Assurance Maladie vers les collectivités locales. Cette contre-réforme entend aussi séparer le social (insertion, protection de l'enfance, accueil et réinsertion des publics en difficultés...) des secteurs sanitaire et médico-social, avec l'installation des Agences Régionales de Santé (A.R.S.) qui mettra en place des procédures d'appel à projet, ouvrant la voie vers l'économie marchande, renforçant le poids des grosses associations - déjà gérées comme de véritables entreprises -, faisant disparaître par défaut de financement les petites associations.

 

Cette une lutte de longue haleine que nous venons d'entamer, une lutte contre les attaques de nos employeurs envers nos droits sociaux, et contre les volontés de l'Etat de liquider le secteur. Une lutte où les militantes et les militants du NPA, dans leurs syndicats, dans les AG, dans leurs établissements et leurs écoles de formation s'impliquent pleinement. Une lutte qui sera victorieuse si elle se concentre à convaincre chaque collègue de la nécessité de la grève et de la défense collective de nos droits, des usagers et de notre travail. Une lutte qui peut - et qui devrait - converger plus largement avec les autres secteurs en lutte de l'industrie automobile à l'éducation nationale en passant par les entreprises privées et les services publics démantelés sur des mots d'ordre fédérateurs : « Augmentation des salaires de 300 euros » et « Sauvegarde de nos statuts respectifs et de nos outils de travail ».

Une lutte qui a d'ores et déjà une première victoire à son actif (dans un secteur plutôt peu mobilisé depuis une ou deux décennies) : la prise de conscience que nous sommes nombreux, que nous avons les mêmes intérêts et que nous représentons une force lorsque nous sommes mobilisés sur des bases claires !

 


Mise à jour le Mercredi, 18 Mars 2009 21:57
 


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