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Journal de la CILT NPA 31 - n°2 - Octobre 2009 - Freescale : cinq semaines de grève Imprimer Envoyer
Actualité des comités NPA31 - Commission Entreprise
Lundi, 19 Octobre 2009 22:27
Index de l'article
Journal de la CILT NPA 31 - n°2 - Octobre 2009
Molex : patrons voyous et ministres complices…
Freescale : cinq semaines de grève
Soutien aux salariés du Grand Toulouse en grève
Les salariés de France Télécom de Cahors ont gagné
Pôle emploi : haro sur les chômeurs !
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NPArguments : questions sur la grippe A…
Une ergonomie politique pour un socialisme du XXIe siècle
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Freescale : cinq semaines de grève

 

En avril dernier, après avoir annoncé 236 licenciements liés à l’abandon de la branche téléphonie (CPG) dès fin 2009, la direction de Freescale-Toulouse (1 600 salariés) annonçait 830 licenciements liés à l’arrêt de la production prévu fin 2011.

Quelle réponse apporter à la menace d’être licencié dans plus de deux ans et demi ? Pas évidente, on l’imagine. Les mois de mai, juin et juillet se passèrent en interrogations, discussions et quelques actions de protestation : assemblées générales (AG) hebdomadaires regroupant entre 400 et 600 salariés, assemblées également de chacune des équipes de fabrication, plusieurs débrayages et même grèves d’une journée organisées par l’intersyndicale CGT-CFDT-CFTC, participation remarquée aux manifestations interprofessionnelles toulousaines des 1er mai, 26 mai et 13 juin.

TractFreescaleRectoPage4GaucheMais, à partir du 7 septembre et jusqu’au 11 octobre, les travailleurs de production se sont mis en grève face à une direction autiste qui refuse de négocier sur la demande exprimée par les AG hebdomadaires depuis des mois : des indemnités de départ suffisamment importantes pour pouvoir vivre décemment la période de chômage prolongée que beaucoup pensent connaître après leur licenciement. Denis Blanc, le directeur de Freescale-Toulouse, a beau communiquer dans la presse sur le thème « un CDI pour tous », personne n’y croit, d’autant plus que sur les 236 ingénieurs, techniciens et cadres de CPG, la branche téléphonie qui ferme dès 2009, plus de 140 n’ont aucune proposition de reclassement (à noter le titre archi-mensonger de La Dépêche « Intel reprend Freescale » : cette « reprise » se traduira au mieux par 53 embauches dans une filiale à créer !).

Début de la grève…

L’énorme majorité des grévistes étaient des ouvriers de fabrication. Quelques techniciens aussi, mais les ingénieurs et la maîtrise n’ont pas bougé. Pas plus les CPG, à qui le patron a fait miroiter la possibilité d’un repreneur… pour 50 ou 80 d’entre eux. Le nombre de grévistes a tourné autour de 300 (il y a 400 opérateurs de production).

L’intersyndicale CGT-CFDT-CFTC a proposé dès le début de la grève l’élection d’un comité de grève, direction réelle de la lutte (l’intersyndicale ne se réunissait plus) comprenant des syndicalistes mais aussi des non-syndiqués qui ont pris une part très active dans la grève.TractFreescaleRectoPage4Droite

Les AG quotidiennes (voire bi-quotidiennes…) réunissaient selon les jours de 120 à 180 personnes, sauf celles des lundis, plus importantes. Il a été difficile de réunir tous les grévistes, certains restant « bloqués » sur les horaires d’équipe pour des raisons diverses, en particulier une bonne partie des travailleurs des équipes de week-end.

Durant tout le mois de septembre, le patron a maintenu son refus de négocier avant le 2 octobre (après avoir finalisé le plan de licenciement des 236 de CPG).

C’est sous la direction du comité de grève qu’un campement à l’entrée du site s’est organisé rapidement, notamment avec l’aide de militants de la CGT d’eRDF. La grève était majoritaire au niveau des ouvriers et ouvrières de la production (qui était en grande partie arrêtée) mais très minoritaire si on rapporte les 300 grévistes aux 1 600 employés du site (sans compter les soustraitants). Ça n’a évidemment pas été sans poser problème.

Ainsi, malgré la volonté de beaucoup de bloquer l’usine, ce sont des piquets « filtrants » qui ont été mis en place au début de la grève : les voitures personnelles n’avaient plus accès aux parkings à l’intérieur du site mais les non-grévistes pouvaient entrer… à pied, direction comprise. On imagine l’irritation de celle-ci.. Certains cadres ou ingénieurs ont profité quand même de ce passage devant le piquet pour exprimer une solidarité en versant à la caisse de grève. Et pendant deux semaines, le millier ou plus de voitures garées sur les terre-pleins alentour constituaient une démonstration spectaculaire pour tous les Toulousains passant devant le site.

Par ailleurs le blocage était évidemment bien réel pour les véhicules livrant des produits nécessaires à la fabrication (sauf ceux nécessaires au maintien en état des machines) ainsi que pour les camionnettes venant chercher des plaquettes de semi-conducteurs (la production normale d’une journée tient dans quelques cartons !).

Patron, hauts cadres, justice, police, même combat

Le patron a commencé par jouer la provocation avec l’aide d’une huissière : le 11 septembre, quatre cadres en procession portaient des cartons jusqu’à une camionnette devant l’usine. Les grévistes, en entourant la camionnette, ont imposé que les cartons reprennent le chemin de l’usine. Mais dans la semaine qui a suivi, on a vu de hauts cadres sortir avec de gros sacs à dos, et même le directeur avec une grosse mallette.

Puis le patron a assigné lundi 14 septembre au soir deux responsables CFDT en référé pour le lendemain à 14 h 30. La petite salle d’audience était remplie de grévistes de Freescale mais aussi de travailleurs de TDF (en lutte contre la menace de 500 suppressions de postes). La direction apprit aux grévistes que Valeo menaçait Freescale d’amendes, ses usines commençant à manquer de plaquettes. Deux jours plus tard, le juge décidait que les grévistes devaient libérer les accès à l’usine pour vendredi 18 à 8 heures. Et, dès 10 heures, soixante CRS imposaient le retrait du piquet. Des CRS prenant ouvertement et directement leurs ordres auprès du directeur… De nombreuses camionnettes chargeaient alors les stocks en souffrance.

Fin donc de la première phase de « filtrage » le vendredi 18 septembre. Elle a quand même permis de constater que, plus importante encore que le blocage, c’est la grève qui a pu faire pression sur le patron. Car filtrage ou pas, la production restait très réduite (et sans doute de mauvaise qualité, une partie des opérations ayant été faite alors par des chefs peu compétents). Elle a permis aussi de faire des grévistes un bloc soudé.

Un début de convergence des luttes

Dès la première semaine, des grévistes de TDF sont venus au piquet de grève et ont coorganisé avec le comité de grève une manifestation interentreprises le jeudi 17 septembre, qui a réuni 300 à 400 travailleurs de Freescale, TDF, Molex, eRDF (en butte à des menaces de sanctions après leur grève du printemps), mais aussi Carrefour SAV (en cours de liquidation), Continental (ex-Siemens, situé juste en face), Thalès (deux usines voisines de Freescale)... La manifestation, commencée sur le site de TDF et France 3 sest achèvée devant Freescale, avec des prises de parole prônant la convergence des luttes.

Après vendredi 18, le filtrage ne semblait plus ni utile ni possible sans risque (150 prévus par le juge pour chaque cas constaté d’entrave à la circulation des biens et des personnes). D’où un petit flottement tant dans le comité de grève que dans l’AG sur la conduite à tenir. Envahir l’usine ? Préparer une manifestation régionale des travailleurs menacés ou déjà victimes de licenciements (ce qui aurait donné du sens à des actions vers les autres entreprises et aussi nécessité de s’adresser aux salariés des autres secteurs) ? Mais certains grévistes insistaient sur la nécessité d’une présence massive devant l’entrée du site. Certains membres du comité de grève n’étaient pas non plus convaincus.

Finalement le mardi 22 septembre, une partie seulement des grévistes (60) ont manifesté avec les postiers, les autres restant devant la boîte après avoir abandonné l’idée d’y entrer pour discuter avec les non-grévistes. Heureusement le moral de tous est remonté par la satisfaction affichée de ceux qui étaient allés retrouver les postiers et avaient discuté avec eux, puis par un blocage du métro improvisé dans l’après-midi. Comme quoi rien ne vaut le sentiment de trouver une solidarité chez les autres travailleurs pour ressouder les troupes.

Ce fut largement confirmé le lendemain avec le blocage du principal dépôt de bus, à Langlade, commencé vers 5 heures du matin et préparé avec des syndicalistes de Tisséo. Les grévistes ont bien été dégagés par la police vers 13 heures mais ce sont alors les chauffeurs de bus qui ont eux-mêmes bloqué en signe de solidarité. Résultat : les médias ont découvert et couvert enfin la grève ; et les grévistes furent galvanisés non seulement d’enregistrer leur impact mais surtout d’avoir constaté qu’il était possible de gagner le soutien d’autres travailleurs.

Les actions des jeudi 24 et vendredi 25 septembre – intervention à l’université du Mirail contre la présence d’un dirigeant de Freescale au conseil d’administration, pique-nique devant la préfecture et manifestation en ville, filtrage de l’entrée d’une des usines Airbus – ont continué dans cette voie. Et une soixantaine de grévistes ont enfin fait un tour dans l’usine pour discuter avec des non-grévistes et découvrir qu’au moins chez une partie de ceux-ci, il n’y avait aucune hostilité, bien au contraire. Une deuxième « visite » aura lieu, mais sans entraîner de nouveaux travailleurs dans la grève.

Une semaine bien remplie, terminée par une petite fête des grévistes, de leurs familles et de leurs amis devant l’usine samedi soir. Assez en tout cas pour avoir amené le patron à faire une simili-ouverture le vendredi 25 : « Démontez votre campement dès samedi, reprenez le travail lundi et je discute indemnités mardi », repoussée par l’AG, unanime. Et le lundi 28 septembre, les grévistes bloquaient l’aéroport de Blagnac. Ils ont fait le lendemain la une de La Dépêche. Le mardi 29 septembre, ils étaint à l’UIMM… et arrivaient trop tard pour se joindre au rassemblement eRDF-GrDF à la préfecture. Ils les rejoindront à Basso Cambo. Ils ont continué et jeudi 1er octobre ils bloquaient le dépôt de bus de l’avenue d’Atlanta où ils retrouvaient la même solidarité qu’à l’autre dépôt.…

Des négociations sous tension

Le patron était donc arrivé au vendredi 2 octobre sans avoir fait la moindre ouverture réelle aux grévistes. Et il prétendait persisté dans son attitude, puisqu’au début de la réunion de négociation à 14 h 30 il proposait un calendrier de réunions tous les dix jours, repoussant la discussion éventuelle sur les indemnités au mois de novembre. Mais la salle de réunion était cernée par 150 grévistes. Aussi la direction a été contrainte de modifier l’ordre du jour et de discuter indemnités immédiatement. Mais ses propositions (un plancher de 60 000 € tout compris pour ceux qui partiraient dès 2009, soit moins que deux ans de salaire + les indemnités légales) étaient jugées ridicules. Les grévistes ont refusé qu’il lève la séance et ont bloqué les issues. Moins de deux heures après, la police chargeait et, alors même que les issues étaient « libérées », elle bousculait violemment et matraquait. Les grévistes, choqués par l’attitude du patron et de la police, n’en feront pas moins de nouveau la fête devant l’usine, avec entre autres les personnes accourues à l’annonce de l’intervention policière.

Ils ont décidé de bloquer les entrées des équipes, ce qui imposait à la police de venir deux ou trois fois par jour pour dégager l’accès pour les non-grévistes.

Du coup (sur sollicitation du préfet ?) le patron a appelé à une réunion lundi 5 octobre « pour fixer les conditions de la négociation », d’où il n’est rien ressorti, mis à part qu’il acceptait que la délégation des grévistes monte jusqu’à douze personnes. Les grévistes ont seulement pu répéter qu’ils voulaient des négociations immédiates et rapides avec comme premier sujet les indemnités.

TractCGFreescalePage7Même si certains flottements ont parfois pu apparaître, au début de la 5e semaine de grève, le type d’organisation, comité de grève et AG, représentant et regroupant tous les grévistes, syndiqués et non-syndiqués, et se sentant pleinement responsables, a montré son importance pour affronter les nombreux et pressants problèmes posés au mouvement.

En annonçant la fermeture de la fabrication dans plus de deux ans, la direction elle-même a engagé les salariés dans un combat prolongé durant lequel il leur faudra certainement trouver bien des formes diverses de lutte. De celles qui permettent au mouvement de se renforcer en recueillant de plus en plus de soutien aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de la boîte. Et on sait qu’imaginer des actions qui permettent de s’adresser aux autres travailleurs en leur proposant un but commun n’est pas si facile, en tout cas demande organisation et volonté.

Des délégations des « Freescale » ont participé à la manifestation de Châtellerault le 30 juillet, à la réunion de Blanquefort le 5 septembre, à la manifestation parisienne de la métallurgie le 17 septembre. A cette occasion, le comité de grève de Freescale a repris l’appel des Fabris à mettre sur pied un collectif des entreprises en lutte contre les licenciements. Les « Freescale » étaient une soixantaine, le 9 septembre aux côtés des Molex, ou à la manifestation, le 22 septembre, des postiers toulousains. Les blocages conjoints avec les chauffeurs de bus, les contacts avec les grévistes de TDF et d’eRDF ont ouvert les esprits sur la possibilité de coordonner sinon d’étendre les luttes.

C’est dans cet état d’esprit que l’AG des grévistes du 6 octobre a décidé la « suspension de la grève » (voir leur déclaration page 8).

Philippe, comité NPA Colomiers, le 12 octobre 2009

Communiqué des travailleurs en lutte de Freescale (11/10/09)

 

Vendredi [9 octobre] une AG regroupant 150 grévistes a décidé la suspension de la grève à partir du lundi 12 octobre, après 5 semaines de grève, alors que le patron avait encore une fois annulé une réunion de négociation le matin et fait appel à la police et à de nouveaux vigiles et leurs chiens.

Les grévistes ont décidé de reprendre tous ensemble afin d’éviter l’effritement et de préserver leur cohésion. Le moral reste bon. Après un rassemblement devant l’usine qui a réuni environ 300 personnes, dont une petite délégation de l’usine Ford de Blanquefort-Bordeaux, durant lequel l’intervention de soutien d’un militant CGT-EDF, menacé lui-même de sanction à la suite de la grève du printemps, fut très applaudie, ils ont fait la fête… Et les grévistes des équipes de week-end maintiennent jusqu’à dimanche une présence devant l’usine.

Les grévistes ont décidé de maintenir une AG hebdomadaire (la première aura lieu dès ce mardi 13 octobre) dans l’usine. Leur organisation de la grève, comité de grève élu et AG, qu’ils entendent maintenir sous une forme ou une autre doit leur permettre d’être vigilants en cas de harcèlement ou d’agression de la direction contre les grévistes. Le patron aurait tort de croire que le mouvement est fini. S’il tient vraiment à faire repartir la production, il va lui falloir changer d’attitude et offrir autre chose que les indemnités « planchers » de 50 000 € (tout compris) pour 20 ans d’ancienneté ou 40 000 € (tout compris) pour moins de 20 ans.

Nous continuons à chercher la convergence entre les entreprises menacées de licenciement et à fédérer les luttes éparses. Et pour cela à saisir toutes les occasions de rencontre avec d’autres salariés. Nous serons présents à Paris le 22 octobre, mais aussi localement aux côtés des autres travailleurs en lutte.

La lutte continue.


FreescaleCestPasFiniPage8



Mise à jour le Mardi, 20 Octobre 2009 13:13
 


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