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Espagne : interview de N. Alvarez Peralta sur la grève générale du 29 septembre Imprimer Envoyer
Actualité politique - Actualité politique internationale
Lundi, 04 Octobre 2010 11:43

Interview par la revue Diagonal de Nacho Alvarez Peralta, économiste et chercheur universitaire, militant de Izquierda Anticapitalista (Gauche Anticapitaliste).

Diagonal. Quelles sont les raisons qui ont conduit les syndicats majoritaires à appeler à la grève le 29 septembre ? Quelles sont les revendications de cette grève et quels sont ses objectifs ?

N. A. P. Les directions des CC.OO. [Commissions Ouvrières] et de l’UGT [Unión General de Trabajadores] ont accompagné les mesures de Zapatero pendant la première année et demie de crise, sans tracer une ligne de fracture claire avec l’orientation du gouvernement. Cependant, l’approfondissement des politiques de « contre-réforme » du gouvernement pour sortir de la crise – baisses salariales, réforme du droit du travail, etc. – ont acculé dans les cordes ces mêmes directions syndicales. La réforme du droit du travail diminue le coût du chômage, augmente la marge des entreprises, élargit les possibilités de l’emploi précaire et facilite le décrochage des salaires et la non-application des accords. Ainsi, les directions syndicales, y compris contre leur gré dans quelques cas, se sont vues obligées de se démarquer de cette attaque contre les travailleurs et à appeler à la grève générale, étant entendu que la réforme du droit du travail du gouvernement suppose non seulement une attaque intolérable contre les travailleurs, mais qu’en dynamitant la négociation collective, elle remet en question le rôle social et la survie même des organisations syndicales.

Malgré tout, au-delà de l’orientation maintenue par les directions syndicales, cette grève générale est d’un intérêt vital pour les travailleurs et pour l’ensemble des classes populaires : il est indispensable de stopper la terrible offensive que la crise a provoqué contre les conditions de vie de la majorité de la population – licenciements massifs, baisse des salaires, réduction des dépenses sociales, dérégulation du marché du travail et réduction des indemnités de chômage, réforme du système de pensions, etc. Il y a beaucoup à perdre s’il n’y a pas de grève, et s’il n’y a pas une riposte à la hauteur ces mesures se durciront. De plus, cette grève ne se fait pas en faveur de la droite ou, d’un autre côté, pour appuyer certains syndicats, mais précisément pour s’affronter aux politiques de droite du gouvernement du PSOE et pour éviter de perdre encore plus de droits.

Si une forte mobilisation sociale ne l’empêche pas, cette offensive – basée sur la socialisation des pertes de la crise économique, mais non des bénéfices – se poursuivra les prochaines années. Cette grève générale devrait servir à marquer un net point d’inflexion dans la démobilisation politique et syndicale, permettant de poser les bases d’un nouveau cycle de luttes populaires. En ce sens, appuyer l’appel à la grève en impulsant une large mobilisation unitaire et plurielle, aussi bien du monde du travail comme de l’ensemble des citoyens, est d’une importance vitale. Non seulement les organisations syndicales et politiques doivent mettre la main à la pâte, mais aussi les mouvements sociaux qui ont une responsabilité dans leur espace d’intervention.

Diagonal. Quelles sont les difficultés de cet appel à la grève générale ? Y a-t-il des différences avec les grèves précédentes de la période démocratique ?

N. A. P. Cet appel à la grève comporte une série de faiblesses qu’il faut prendre en compte au moment de développer le travail de préparation et de mobilisation. Le fait que les CC.OO. et l’UGT soient restées à la table de négociation avec le gouvernement jusqu’aux derniers jours avant d’appeler à la grève du 8 juin dernier, avec l’échec de cet appel, a compliqué depuis la riposte sociale. Cette situation a conduit à compliquer la gestion de la mobilisation, avec le renvoi de la journée de grève après l’été. Ce retard, en l’absence d’initiatives syndicales visibles pour préparer la grève, s’est traduit par un appel frileux. De plus, l’adoption de la réforme du droit du travail avant le 29 septembre peut faire que la grève ne soit pas perçue comme un instrument utile pour freiner l’offensive du gouvernement.

Le contexte social et de crise économique ne facilite pas la préparation de la grève : le fort taux de chômage et la peur des licenciements ne favorisent pas l’action syndicale – de ce point de vue la présence de piquets de grève sera décisive ; de plus, la déréglementation du droit du travail dans la dernière décennie a profondément modifié les lieux de travail, remplaçant les espaces de travail homogènes et denses par une multiplicité de relations atomisées – sous-traitance, emploi temporaire, etc.

Enfin, la politique de concertation et de négociation suivie par les grandes centrales syndicales ces dernières années a grippé le mécanisme même de l’action syndicale sur les lieux de travail : les délégués ne sont  pas habitués au travail de base, la convocation d’assemblées générales est très limitée, etc.

Ainsi, certains voient dans ces difficultés d’importantes différences avec les grèves générales précédentes. Il faut cependant rappeler que les grèves précédentes comportaient également d’importantes difficultés préalables, qui furent surmontées totalement ou partiellement. Par exemple, la grève de 2002 fut appelée alors que le décret scélérat avait déjà été adopté, et malgré cela le gouvernement d’Aznar se vit forcé de retirer les aspects les plus conflictuels de la loi. De plus, pour cette grève-ci, la dimension d’attaque contre les conditions de vie de la majorité de la population ont une énorme importance.

Nous devons être conscients du fait que cette grève se déroule dans un contexte – comme le reflètent les dernières enquêtes d’opinion – de très grand mécontentement populaire envers les mesures du gouvernement Zapatero. La clé du succès réside dans la possibilité de transformer ce mécontentement populaire en protestation sociale le jour de la grève. Il existe quelques points d’appui en ce sens : il faut expliquer, face au découragement et à la démobilisation, que c’est seulement en faisant grève le 29 que nous pourrons stopper l’offensive du gouvernement contre nos conditions de vie et que – comme le démontre la grève des travailleurs du métro de Madrid – seule la contestation sociale peut empêcher que ces mesures continuent à tomber sur le dos des travailleurs.

Diagonal. Quelle orientation syndicale devrait avoir l’appel à la grève du 29 ?

N. A. P. En premier lieu, l’appel à la grève ne devrait pas se limiter à la question de la réforme du droit du travail, mais devrait aller jusqu’à une opposition générale contre les politiques d’ajustement du gouvernement. Il est important d’impulser une action syndicale et politique qui unifie la mobilisation des salariés avec celle des chômeurs, des retraités, la population non active, etc. C’est dire qu’il faut dépasser la dimension strictement ouvrière de la grève générale pour avancer vers la construction d’un mouvement politique de contestation des politiques d’ajustement.

Deuxièmement, et dans la mesure où les contre-réformes du patronat et du gouvernement vont se poursuivre les années à venir, il faut planifier la continuité de l’action syndicale et de la protestation sociale. Le 29 septembre doit être un point d’inflexion qui impulse un nouveau cycle de remobilisation populaire.

Troisièmement, il est important de donner une dimension internationaliste à la protestation. Le 29 septembre sera une journée européenne de protestation syndicale, et en ce sens elle peut être un bon point d’appui. Il faut avancer vers une coordination européenne des différentes luttes syndicales et sociales contre les politiques des gouvernements et de Bruxelles. Le manque de solidarité que la C.E.S. [Confédération européenne des syndicats] a démontré envers les syndicats et travailleurs grecs constitue une énorme faute qui doit être surmontée, étant donné que leurs problèmes sont aussi les nôtres.

Quatrièmement, le succès ou l’échec de la grève dépendra de sa visibilité dans la rue ; il est fondamental pour cela de rappeler l’importance de bloquer les secteurs clé de l’économie – communications, transports, services publics… – la priorité à la préparation d’une manifestation massive, ainsi que la nécessité d’associer des secteurs hors du monde du travail à la grève (associations de quartiers, mouvements sociaux…).

Enfin, le 29 doit servir pour la construction d’un nouveau syndicalisme. Il est nécessaire d’analyser les conséquences négatives, en termes de mobilisation et de capacité revendicative, des politiques de dialogue social, de concertation et de modération salariale de ces quinze dernières années. Il faut mettre de nouveau le conflit de classes et les antagonismes sociaux au centre de l’action syndicale. Au-delà des sigles particuliers, il faut impulser – aussi bien dans les syndicats majoritaires que dans les minoritaires – des espaces d’intervention pluralistes, larges et unitaires, basés sur l’auto-organisation des travailleurs, la participation, l’horizontalité et la démocratie.

Diagonal. La presse annonce depuis un certain temps une reprise économique ; au cas où quelque chose de semblable se produise, quelles mesures pourraient être prises pour permettre une sortie de la crise qui n’élargisse pas la brèche sociale révélée par le dernier cycle ?

N. A. P. La reprise économique ne s’est pas encore produite, et elle tardera encore un certain temps, sûrement plus que ce que la presse annonce de façon récurrente. Il existe diverses « sorties de crise » possibles, et pas toutes au bénéfice des travailleurs. Un scénario possible, en cas d’une mobilisation populaire insuffisante, serait celui d’une restauration de la rentabilité des entreprises et de la bourse soutenue par une réduction plus forte des salaires et par une démolition progressive des principales conquêtes sociales. Ce scénario pourrait être parfaitement compatible avec l’énorme taux de chômage actuel de l’économie espagnole, ainsi qu’avec la poursuite d’un modèle productif écologiquement insoutenable.

Cependant, la mobilisation sociale peut court-circuiter cette possible « sortie de crise » – qui, en définitive, ne serait rien d’autre qu’une fuite en avant – s’il existait une puissance syndicale et sociale suffisante, une autre alternative politique étant alors viable. Ainsi, une réforme fiscale progressive permettrait de dégager des fonds publics suffisants pour développer l’emploi dans les services sociaux de base (dépendance, santé, éducation…), initier la reconversion écologique de l’économie (réduction du CO2 dans l’appareil productif, réhabilitation des logements…), créant ainsi un grand nombre d’emplois.

La réduction du temps de travail sans perte de salaire non seulement permettrait de réduire le chômage et impulserait la demande finale, mais faciliterait un modèle de redistribution des richesses moins inégalitaire. La mise en place d’une banque publique permettrait que les aides octroyées aux banques se transforment réellement en crédit aux secteurs qui en ont le plus besoin. De plus, des mesures anticycliques comme l’interdiction des licenciements dans les entreprises réalisant des bénéfices, ou l’augmentation du salaire minimum à 1 200 euros, comme dans d’autres pays européens, permettrait de relancer la demande et de réduire les inégalités sociales.

 Traduction, Lucien Sanchez (NPA 31)

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