Agenda Militant Politico Culturel
Evénement
- Titre:
- Tchatche du NPA : "Face à H1N1, un système de santé grippé"
- Quand:
- 23/10/2009 20h30
- Catégorie:
- Meetings et réunions publiques du NPA
Lieu
- Lieu:
- Local du NPA31 - Site internet
- Route/rue:
- 9 rue corneille
- Localité/ville:
- Toulouse
Description
EDITO
L’anxiété est un marché, et aussi une politique. La grippe, après les étrangers ou les jeunes de banlieue, permet au gouvernement tous les dérapages, qui révèlent au fond ses désirs secrets : marché libre et Etat fort. Dans ses cartons, une gestion de la grippe confiée au ministère de l’intérieur, la suspension programmée du code du travail au profit d’une flexibilité généralisée, nos libertés mises en sommeil à coup d’ordonnances dénoncées par le Syndicat de la Magistrature. Pas de débat public sur la gravité de la pandémie et les moyens sanitaires d’y faire face, mais des milliards déjà dépensés pour une vaccination de masse, avec des vaccins mal testés, et du Tamiflu qui soigne surtout les cours de l’action Roche. Les pays du Sud, eux, attendent toujours vaccins et traitements pour les millions de morts du Sida ou du paludisme. Le tout sous les regards d’une presse à sensation qui veut vendre du papier.
Du côté du mouvement ouvrier, pas besoin de dramatiser la pandémie pour faire plus anti-capitaliste : les labos qui lâchent les virus pour vendre des vaccins ! Mais ne pas penser que tout cela est poudre aux yeux, qui nous détournerait des vraies questions. Car si la grippe A est bien loin de la mortalité de la grippe aviaire, elle est aussi très contagieuse, et pose les questions du droit à la santé, des urgences sociales face à la pandémie, et aussi de sa naissance dans le ventre des usines à porc de l’agrocapitalisme. Le gouvernement en fait trop? Il fait surtout mal! Le mouvement social doit porter ses propres exigences sociales, écologiques, sanitaires… et donc politiques, en lien avec une expertise indépendante.
Urgence grippale contre la loi Bachelot
Aujourd’hui la grippe A n’est guère plus dangereuse que la grippe saisonnière. Mais elle est très contagieuse, et pourrait toucher 15 à 30% de la population. Elle va révéler les fragilités d’un système de santé et de solidarité qui combine difficultés d’accès aux soins pour les plus pauvres (dépassements d’honoraires, refus de CMU, 30% des patients retardent leurs consultations), isolement pour les personnes âgées ou les Sdf, inégalités géographiques et austérité pour tous. Et notamment pour l’hôpital, déjà débordé par une simple grippe saisonnière. Le Tamiflu n’y changera rien. Les milliards d’euros dépensés pour constituer les stocks exigés par l’Oms ne serviront qu’à grossir les profits de Roche, tant cet anti-viral semble peu efficace. Contre la loi Bachelot, la fermeture de lits, d’hôpitaux de proximité, les plans de retour à l’équilibre des CHU qui prévoient 30000 suppressions de postes, la concurrence avec le privé, l’urgence grippale nous invite à accorder toute sa place à un service public de santé solidaire, pour les jours de grippe et pour les autres.
A l’hôpital public, les plans blancs vont reporter tout ce qui est hospitalisation programmée, pour consacrer toutes les ressources aux complications de la grippe. Le privé et ses dépassements d’honoraires sont en embuscade, pour capter cette médecine rentable. Urgence sanitaire ! Tous les lits privés ET publics doivent être utilisés, réquisitionnés, avec interdiction des dépassements d’honoraires. Il faut aussi remettre en avant la question de la gratuité (les masques sont bien gratuits…), le tiers payant généralisé, le refus des tickets modérateurs, forfaits hospitaliers, pour affirmer le caractère universel du même droit à la santé pour tous. Alors que débute l’épisode grippal, déremboursement du paracétamol et fermeture du service des maladies infectieuses de St Joseph à Paris illustrent jusqu’à l’absurde que le gouvernement fait passer la course à la rentabilité de la santé avant le droit à la santé pour tous.
Le vaccin malade du profit ?
Face à la grippe saisonnière, une vaccination non obligatoire et ciblée sur les personnes âgées et fragilisées a fait la preuve de son efficacité. La revue médicale indépendante Prescrire, qui tire souvent à boulets rouge sur les labos, nous apprend que ce vaccin, s’il est peu efficace sur fièvre et courbatures, réduit de 50% les complications et de 80% la mortalité. Mais face à la grippe A, avant tout débat sur la stratégie de vaccination, le gouvernement français a décidé d’une vaccination de masse et d’urgence, n’hésitant pas à payer le vaccin quatre fois son prix, un milliard d’euros, pour vacciner en deux doses 45 millions de français. Les capacités de production sont limitées pour ne pas confronter « les industriels à un risque économique et financier non négligeable », comme l’a expliqué le Pdg de Sanofi. Alors pour produire vite et beaucoup, gouvernement et labos rajoutent des adjuvants dans le vaccin, comme le thiomersal et le squalène. Les tests des vaccins sont réduits au minimum. Les labos se souvenant qu’en 1976, la vaccination de masse décidée aux USA avait favorisé l’apparition de paralysies ascendantes (Guillain barré), ont obtenu que les éventuels accidents de vaccination soient pris en charge par l’office national pour les aléas thérapeutiques. Privatisation des profits et socialisation des pertes!
Or le thiomersal, composé à 40% d’éthylmercure, est mis en cause pour sa toxicité neurologique, notamment chez les enfants et les femmes enceintes. l’OMS, l’Agence européenne pour l’évaluation des médicaments, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé ont demandé le retrait du thiomersal des vaccins pour enfants. Il est retiré des vaccins anti-grippe. Puis l’agence européenne change d’avis, sous la pression des lobbies. Le squalène est lui accusé d’être responsable d’une hépatite auto-immune sur seulement 101 enfants d’un essai clinique espagnol en 2007. Il favorise l’apparition de polyarthrite rhumatoïde chez les rats de laboratoire. D’ores et déjà, pour les femmes enceintes et les enfants en bas âge, ces choix sont inadmissibles.
Pourquoi prendre ce risque pour la santé, alors que la mortalité de la grippe A semble peu supérieure à celle de la grippe saisonnière dans la population générale? Pourquoi abandonner la vaccination ciblée? Pour l’espoir –illusoire- de garder la France au travail et garantir les profits? Au-delà de la liberté de vaccination pour chacun, du consentement éclairé qui ne peut se faire avec les 2 minutes par personne de la vaccination à la chaîne proposée par le gouvernement, nous exigeons la sortie de vaccins sans adjuvants et un débat public sur la balance bénéfice-risque de la stratégie de vaccination.
Alors que les crédits de recherche pour un vaccin contre le sida et le paludisme sont depuis des années de vraies urgences sanitaires mondiales, les labos privés de la vaccination concentrent leurs recherches sur des vaccins au bénéfice sanitaire incertain (gardasil…), mais aux bénéfices tout court assurés. Comme le dit la mission d’information parlementaire sur la grippe aviaire : « Dans une économie de marché, il est difficile de demander à des industriels d’engager des investissements dont la rentabilité est douteuse ». Décidemment, la vaccination est quelque de beaucoup trop important pour être laissé aux intérêts des labos ou de l’Etat.
Le droit du travail victime de la grippe
Sarkozy et Darcos l’ont rêvé. La grippe l’a fait. Sous prétexte d’urgence pandémique, la circulaire de la Direction Générale du Travail du 3 juillet 2009 prévoit d’augmenter le volume horaire « par décision unilatérale de l’employeur », précisant que « le refus du salarié, sauf s’il est protégé, constitue une faute pouvant justifier le licenciement ». « Allongement de la durée quotidienne de travail au-delà de la limite de dix heures (…) dépassement de la durée maximale hebdomadaire de travail effectif de 48h (…) limitation du droit de retrait », suppression du contingentement des heures supplémentaires, tout est fait pour la continuité des profits, alors que quasiment rien n’est dit sur la santé des salariés. Les instances du personnel ne seront d’ailleurs que consultées.
Les plans de continuité d’activité privilégient les sources de profit, les grands comptes, la continuité de l’Etat et la flexibilité. Notre priorité, c’est l’information, la sécurité des personnels et du public, la sécurité des installations et le service au public. La sécurité de tous les personnels, quand intérimaires et sous-traitants sont parfois « les oubliés » des masques ou de l’information. Nous voulons le contrôle ouvrier sur toutes les décisions pour faire entendre nos exigences (CHSCT, CTP…).
Décathlon, par exemple, veut élargir les horaires d’ouverture et ouvrir samedi dimanche « pour diluer » les contacts et maintenir ses profits. A l’opposé, en cas de pic pandémique, nous sommes pour la fermeture de Decathlon, assortie de l’exigence du paiement à 100% des salariés, ce qui libérera d’ailleurs des personnes pour garder les enfants, en cas de fermeture d’écoles. La circulaire du Travail prévoit que cela soit pris sur « les congés annuels, congés au titre de la RTT et congés épargnés sur le CET ». La grippe, c’est pas des vacances. S’il faut fermer, prise en charge à 100% par l’employeur, suppression du délai de carence de 3 jours sur les indemnités, en cas d’arrêt de maladie. Nos vies valent plus que leurs profits.
Les gigantesques usines à porc de l’agrobusiness
C’est dans les gigantesques usines à porc de l’agrobusiness que les fragments du virus circulant isolément depuis 9 et 17 ans se sont recombinés en août 2008, puis transmis à l’homme en janvier 2009. Pas de complot mondial ou de vaccin contaminé, simplement des milliers de porcs entassés, au profil génétique toujours semblable, et bourrés d’anti-biotiques pour toujours plus de profits, comme à La Gloria au Mexique, dans l’usine de Smithfield, le premier producteur mondial de porc. Déjà les gigantesques usines à poulet de Charoen Pokphand en Asie du Sud-Est avaient été mis en cause dans l’émergence de la grippe aviaire de 2005. Le mouvement d'hyper concentration et de perte rapide de la biodiversité initié par le capitalisme dans la production de porc ou de volaille transforme l’agrobusiness en un gigantesque incubateur, qui favorise les risques de recombinaison du nouveau virus, scénario noir de la grippe espagnole de 1918. La défense de la diversité génétique et d’une agriculture paysanne de proximité font donc aussi partie de nos urgences éco-socialistes.
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