27 Mai 2009
Posted in
Actualité politique -
Actualité politique locale
Quel bilan de la lutte et quels sont ses acquis ?
La suspension de la lutte à son 48e jour [12 mai, voir http://www.npa31.org/actualite-politique-locale/erdf-/-grdf-il-n-y-aque-la-lutte-qui-paie%E2%80%A6.html] a été votée à bulletin secret par 80 % de l’ensemble des quatre AG de grévistes de la région. La fatigue commençait certes à se faire sentir mais le sentiment dominant était celui d’une fierté retrouvée face aux directions et aux managers : celle d’avoir gagné le retrait du projet d’externalisation, 66 embauches, 129 nouveaux postes (dont des apprentis, avec garantie d’embauche pour 75 % d’entre eux à l’unité régionale gaz), le maintien de 27 sites menacés de fermeture pour l’essentiel. Mais ce n’est pas fini : les négociations sur les cahiers revendicatifs locaux se poursuivent dans les départements.
La direction a soufflé le chaud et le froid, reculs progressifs sur le projet, puis sur les emplois mais maintien de menaces de sanction. Ces menaces sont-elles réelles ou bien est-ce une monnaie d'échange ?
La direction a joué le pourrissement, attendant le 28e jour pour retirer son projet et le 41e pour engager des négociations sérieuses. Mais elle a aussi joué l’intimidation avec 5 référés (tous perdus !), des convocations au commissariat et à des entretiens préalables à d’éventuelles sanctions. Elle peut être tentée de « faire un exemple » et la plus grande vigilance s’impose.
Dans un précédent entretien, tu avais évoqué la difficulté des convergences. Les semaines qui ont suivi n'ont pas permis de lever ces difficultés, même si on a vu du personnel de la fac, des étudiants, des débats en AG… Qu'est-ce qui explique la difficulté de passer de la lutte d'une corporation au tous ensemble ?
La corporation a longtemps été repliée sur elle-même et l’éclatement de l’ancien monopole aggrave plutôt la situation avec des conflits et des négociations entreprise par entreprise. Même les syndicats semblent en voie de « filialisation » ! Le conflit est parti d’eRDF – GrDF contre un projet les concernant. Les salariés des autres entreprises sont restés dans le cadre de l’interfédérale qui a appelé à la grève une ou deux fois par semaine pendant les mois d’avril et de mai. Les propositions de jonction avec d’autres secteurs ont été accueillies sans hostilité mais sans enthousiasme non plus. Parmi les plus motivés régnait l’idée qu’il vaut mieux faire radical et local que général et mou, en termes d’efficacité et de maîtrise du mouvement. La succession de défaites, dont celle de 2003 qui n’a pas été analysée comme un manque d’appel à la grève générale, ainsi qu’une méfiance vis-à-vis des syndicats, surtout sensible en début de conflit, peuvent expliquer cette réaction.
La lutte des universités, très médiatisée, se termine par un échec avec une volonté non dissimulée du gouvernement d'infliger une défaite aux enseignants et aux étudiants. Le conflit de l'énergie a été autrement plus dur, coupures de gaz et d'électricité et là pas de réaction de même nature du gouvernement. Comment tu expliques ça ?
C’est suite à l’intervention de Fillon condamnant avec virulence les mouvements sociaux dans l’énergie que plus d’une centaine de lettres de convocation à entretien préalable sont parties dans le pays. La moindre médiatisation du conflit a néanmoins pu provenir de sa plus grande popularité et surtout du fait que dans l’énergie, le processus de privatisation est derrière nous. Les projets d’externalisation n’en sont que la dernière phase. L’enjeu pour le gouvernement était donc bien moindre.
Conflit radical, coupures, utilisation de l'outil de travail, gros « courants d'air » dans les locaux de la direction... ce ne sont pas à proprement parler des traditions de la CGT, syndicat majoritaire dans l’entreprise (dans un conflit de même nature, externalisation du cœur de métier à France Télécom, la CGT de ce secteur a toujours refusé d'intervenir sur l'outil de travail). Comment se sont passées ces confrontations de pratiques dans les AG et dans les faits ? Cette radicalité n'a-t-elle pas en définitive réglé ce qui faisait peur à la direction et à une partie de la CGT, à savoir l'implantation d'un SUD-Energie ?
Chacun a son histoire : la CGT de l’énergie avait de solides traditions d’intervention sur l’outil de travail, abandonnées un temps après une période de répression assez dure assortie de sanctions sévères, mais retrouvées, d’abord timidement puis massivement en 2004. En revanche, il est vrai qu’une radicalité nouvelle s’est exprimée, portée à la fois par de jeunes agents et des plus expérimentés, tous persuadés que les méthodes traditionnelles avaient fait la preuve de leur inefficacité. L’attitude de la direction a largement favorisé les réactions d’exaspération. Certaines de ces actions ont été décidées en AG, d’autres n’autorisaient guère la présence d’oreilles indiscrètes… Quant à l’implantation de Solidaires dans l’Energie, l’espace est relativement étroit et son avenir est sans doute lié à la façon dont la CGT sera capable, ou non, de répondre à cette nouvelle radicalité.
Besancenot sur le piquet de grève, un accueil chaleureux, un vrai débat notamment sur la question de l'unité de l'alternative… Dans ce milieu fortement marqué par la présence du PCF, comment est vécu ce courant de sympathie, accompagné d'actions radicales ? Une page de l'histoire du PCF vient-elle de se tourner ?
Besancenot sur un piquet de grève, chez eux, dans leur fief, certains n’en sont pas encore remis et des crispations sont palpables. Mais un militant du PCF est venu débattre, un autre s’est laissé interviewer, d’autres semblaient curieux, voire amusés. Réactions diverses donc, à l’image de ce parti dans l’Energie. La fédération est « huiste » mais la base, composite, capable d’accompagner certaines formes de radicalité. Le PCF redoute surtout de perdre le contrôle des mouvements, situation assez inédite pour lui dans l’Energie…






