Le conflit de ERDF-GRDF paradoxalement n’occupe pas le même espace dans les commentaires journalistiques qu’un conflit de la SNCF qui conduit immédiatement la presse patronale à la recherche de l’« usager exaspéré » ou les conflits récents dans le secteur industriel qui se sont traduits entre autres par des séquestrations de patrons. Or la radicalité du conflit des gaziers et électriciens : occupations, piquets, manifs avec véhicules de travail comme jeudi 9 avril où ils ont bloqué le centre-ville de Toulouse pendant une heure, coupures ciblées de zones industrielles et zones commerciales pour paralyser la production et frapper les profiteurs à la caisse… bénéficie du même soutien, en tout cas de la compréhension, de la population à l’égard des salariés qui haussent le ton face à leurs patrons.
De même, le gouvernement, inquiet de ce conflit, se garde bien d’en parler, ne serait-ce que pour ne pas lui donner une visibilité nationale, mais en même temps il ne peut capituler en rase campagne, ni trop céder après les reculs de Darcos et Pécresse. Pour lui, la voie est étroite.
Ce sont donc bien les grévistes et les syndicats des gaziers et électriciens qui ont les cartes en main. Le conflit a pris naissance dans l’opposition à un projet d’externalisation d’un travail essentiel pour les agents d’ERDF et de GRDF. Mais on n’est pas dans un conflit défensif classique, on est dans la poursuite du combat contre les conséquences de la privatisation du gaz et de l’électricité et contre la poursuite du dépeçage des anciennes entreprises publiques.
Supprimer le cœur de métier, ici l’essentiel des fonctions de service public : les interventions à domicile, les branchements, la maintenance et le dépannage des réseaux… c’est une réorganisation à grande échelle de la distribution du gaz et de l'électricité, qui sacrifie la proximité et l'aménagement du territoire aux fusions acquisitions au plan international sous la pression permanente des actionnaires. C’est aussi une attaque contre les acquis sociaux, la volonté de détruire au sein de l’entreprise les liens sociaux, les équipes de travail, les solidarités ouvrières, les savoir-faire et les compétences acquis de longue date et qui ont encore démontré leur efficacité lors de la tempête Klaus des 23, 24 et 25 janvier derniers… Dans une société anonyme il n’y a pas des camarades, des amis, des potes, il y a des collaborateurs qui travaillent pour des actionnaires. Et ce qui se discute aujourd'hui dans les assemblées générales des électriciens et gaziers grévistes, au-delà du refus de l'externalisation des astreintes, c'est l'élaboration de cahiers revendicatifs portant, entre autres, sur la récupération des 15 000 emplois perdus par EDF-GDF depuis son démantèlement.
Gagner dans ce conflit au moment où tous les services publics sont menacés, au moment où dans le secteur industriel, pour la première fois depuis la fin des années 70, les grèves avec séquestrations et occupations se multiplient serait un formidable encouragement à lutter, à poser des revendications en positif comme l'a fait, avec succès, le LKP en Guadeloupe : la création des emplois nécessaires au fonctionnement de services publics égalitaires fournissant gratuitement un quantum vital de gaz et d'électricité pour tous les usagers ; la hausse de tous les salaires et minima sociaux de 300 € pour qu'il n'y ait plus un seul revenu inférieur à 1 500 € net par mois. Il y a autour du conflit des gaziers et électriciens matière à converger, à rassembler. Certes la grève générale ne se décrète pas, mais elle se prépare. Préparons-la, dès maintenant. Toutes et tous ensemble !
Toulouse, le 14 avril 2009, le bureau du comité entreprises
pour information, en pièces jointes :
1. communiqué du 14 avril 2009 de la Coordination régionale Midi-Pyrénées CGT mines-énergie,
2. document de l'Union syndicale Solidaires sur les enjeux du conflit en cours. |