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Dimanche, 14 Décembre 2008 19:06
L'affaire de Gossanah ou une faillite de la république

Cette photo, publiée dans Paris Match le 10 juin. Elle a été prise deux heures après l’assaut de la grotte. On voit Alphonse Dianou, allongé sur un brancard avec un bandage à la jambe.


60 ans des droits de l'homme

Le 10 décembre 1948, les 58 Etats Membres qui constituaient alors l’Assemblée générale ont adopté la Déclaration universelle des droits de l’homme à Paris au Palais de Chaillot à l'initiative de Réné Cassin.
Pour commémorer son adoption, la Journée des droits de l'homme est célébrée chaque année le 10 décembre.
Depuis une semaine Toulouse célébre cette semaine des droits de l'homme, je profite alors de cette occasion pour signaler que l'Etat Français n'a pas toujours été un exemple en la matière, sutout au sein de son propre territoire.


C'est parce que je pense que c'est avec une analyse de nos actes que l'on ne pourra qu'évoluer dans un futur meilleur. On ne pourra approcher que  plus près cette idéal de liberté et de droit seulement quand les  hommes s'efforceront de donner à leurs concitoyens. 

Il y a 20 ans à la tribu de Gossanah  sur l'ile d'Ouvea en Nouvelle Calédonie, la république a faillit à  son devoir. Les droits les plus élémentaires ont été bafoués par des militaires français, encore à ce jour l'injustice persiste.

Rappel:

Le vendredi 22 avril 1988 au matin, à Fayaoué  sur l'île d'Ouvéa, en territoire français, deux jours avant le premier tour des élections présidentielles, des indépendantistes kanaks et membres du FLNKS, attaquent la gendarmerie dans le but de l’occuper  pacifiquement jusqu’au jour du deuxième tour. L’attaque dégénère, quatres gendarmes sont tués et plusieurs kanaks bléssés.
Les 27 autres gendarmes, désarmés, sont pris en otage et séparés en deux groupes. Le premier groupe, mené par Chanel Kapoeri, se rend dans le sud de l’île à Mouli, où les otages sont finalement libérés trois jours plus tard, à la demande des «vieux» et des coutumiers. Le second groupe de 16 otages conduit par Alphonse Dianou est emmené dans une grotte près de la tribu de Gossanah.

Paris envoie sur place ses troupes d’élite sous le commandement du Général Vidal: le GIGN, EPIGN, le 11e Choc, le commando Hubert (dépendant des services secrets), 700 militaires au total. L’île d’Ouvéa est bouclée et interdite aux journalistes, c'est une première atteinte aux droits de l'homme.

L'opération Victor

Le 5 mai 1988 le gouvernement Chirac, à la demande de Bernard Pons et avec l'assentiment de François Mitterrand, déclenche l'opération « Victor ». Cette opération permet la libération des gendarmes retenus en otages.

Dix-neuf des preneurs d'otages et deux militaires sont tués. Des  témoignages des membres du FLNKS, des  otages et  de certains gendarmes accusent alors les militaires d'avoir « laissé mourir volontairement » ou « exécuté sommairement » certains preneurs d’otages après l’assaut.

Les sources sont sur cette question contradictoires. Les militaires ont toujours nié cette version. Suite à une enquête de commandement, Jean-Pierre Chevènement, ministre de la Défense du gouvernement Rocard relève « qu'aucun élément de l’enquête ne fait apparaître de qu'il y a eu des exécutions sommaires» tout en évoquant des « actes contraires au devoir militaire » et « des points lui paraissant obscurs après l'évacuation d'Alphonse Dianou ».
voir reportage antenne 2:
http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&id_notice=CAB88020204

En 2008, Michel Rocard déclare à son tour: « Ce que je savais moi — et que j’étais seul à savoir, je ne pouvais pas le dire aux autres délégations parce qu’il ne fallait pas que le secret sorte — c’est qu’il y avait aussi des officiers français… Enfin, au moins un et peut-être un sous-officier, on ne sait pas très bien… À la fin de l’épisode de la grotte d’Ouvéa, il y a eu des blessés kanaks et deux de ces blessés ont été achevés à coups de bottes par des militaires français, dont un officier. […] Il fallait prévoir que cela finisse par se savoir et il fallait donc prévoir que cela aussi soit garanti par l’amnistie »

voir art rue89:
http://www.rue89.com/2008/08/19/nouvelle-caledonie-laveu-de-rocard-sur-laffaire-douvea



La polémique

La polémique démarre à cet instant. La version officielle est simple : sur dix-neuf cadavres, dix-huit ont été tués au cours du combat. Problème : douze d’entre eux ont, en plus de blessures diverses, « une balle dans la tête ». Pour Michel Tubiana, avocat du FLNKS, la responsabilité des assaillants ne fait aucun doute :

« Il y a eu des exécution sommaires. Par qui ? Des militaires ? Des gendarmes ? Je ne sais pas… »

En tout cas, il y a des témoins de ces scènes. Xavier Tangopi, l’un des ravisseurs :

« Bianconi était là. Il a été témoin de tout cela. Je ne comprendrais jamais comment un homme de justice peut faire ça. »

Jean Bianconi, aujourd’hui procureur de la République à Tahiti. Parmi les victimes, certains ne font même pas partie du commando. Waïna Amossa, 18 ans, apportait le thé aux otages le matin. Il était vivant à la sortie de la grotte à la fin de l’assaut. On le retrouve mort, une balle dans la tête. Wenceslas Lavelloi, retrouvé mort d’une balle dans la tête et dont plusieurs témoignages confirment qu’il était encore vivant après la fin de l’assaut ; de Martin Haiwe qui tentait de s’enfuir avant l’attaque et de Samuel Wamo. Le légiste ayant pratiqué les autopsies constatera également un nombre anormalement élevé de victimes, tués d’une balle dans la tête. D’autres sont littéralement passés à tabac, y compris le chef du groupe, Alphonse Dianou.

Les cadavres sont alors ficelés, une corde à chaque pied, puis ils sont traînés à terre et emportés vers l’aéroport de Nouméa, où pendant deux jours ils sont entassés dans un hangar par trente degrés.

Alphonse Dianou est laissé quatre heures sans soins avec une balle dans le genou, la perfusion arrachée par un militaire. Après son transfert, il meurt. Les résultats de l’autopsie sont formels : le chef indépendantiste a été passé à tabac.


L'amnistie

Michel Rocard est nommé Premier ministre et constitue une mission du dialogue chargée de renouer la discussion entre loyalistes à la france et indépendantistes. Cette mission conduira aux accords de Matignon (26 juin 1988) et à une amnistie générale pour les preneurs d’otages et les militaires impliqués dans les morts suspectes.

Vingt ans après

Vingt ans après aucune lumière n'a été faite sur le déshonneur de l'armée française envers ces propres concitoyens, un profond malhaise subsiste à Gossanah où les populations ont le sentiment d'avoir été les victimes de l'appareil décisionaire de l'état français et des dirigeants du FLNKS.
60 ans après la déclaration des droits de l'homme de René Cassin, la France n'est pas encore un modèle de droits de l'homme. Il y aura un jour ou cette affaire ressortira et ou la justice devra rendre des comptes à ses concitoyens du bout du monde.


Enterrement des dix neuf militants d FLNKS

Vint ans après dix neuf coups de feu ont été tirés en souvenir des hommes qui sont morts en martyrs pour la reconaissance du peuple kanak et pourtant ils étaient tous des citoyens français.

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2008/05/05/01011-20080505FILWWW00368-ouvea-commemore-l-assaut-de-gossanah.php

 


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