NPA Haute-Garonne
  • Réchauffement climatique : les causes, l’état des lieux, les prévisions

    Par François Favre, Comité NPA 32, membre de la Commission nationale écologie - Le 18 mai 2015
    Source : Site du NPA 32

    Les causes

    Causes physiques
    Le climat de la Terre a toujours changé pour toutes sortes de raisons :
    - météorite
    - activité du Soleil
    - volcan
    - dérive des continents
    - et surtout la vie sur Terre (particulièrement les plantes)

    Justement, la vie n’est possible que grâce aux gaz à effet de serre qui emprisonnent une partie de l’énergie du soleil. Sans eux il ferait trop froid pour que la vie telle que nous la connaissons existe.

    Ces gaz à effet de serre (GES) existent naturellement pour la plupart d’entre eux : vapeur d’eau (H2O), dioxyde de carbone (CO2), méthane (CH4), protoxyde d’azote (N2O). D’autres sont uniquement produits par l’Homme, ce sont des dérivés fluorés.

    Le dérèglement climatique est dû à l’augmentation extrêmement rapide de ces gaz du fait de l’activité humaine post révolution industrielle. L’utilisation des énergies fossiles (charbon, puis pétrole et gaz naturel) a libéré et continue à libérer d’énormes quantités de carbone dans l’atmosphère. En ce qui concerne le protoxyde d’azote, c’est principalement l’agriculture (en France à hauteur d’approximativement 75 %) qui est émettrice par le biais des engrais azotés.

    Jusqu’au XVIIIe siècle, il y avait un équilibre entre les émissions de GES par les êtres vivants et la séquestration de CO2 par les plantes. C’est le fameux cycle du carbone. Avec l’exploitation des hydrocarbures, ce cycle a été cassé, les plantes ne peuvent pas absorber tout le carbone qui est émis. Le phénomène est aggravé par les GES produits industriellement, par l’agriculture industrielle et par le changement d’affectation des terres.

    Et le capitalisme dans tout ça ?

    Clairement les émissions de GES en tant que telles ne sont pas liées au capitalisme. Mais l’accumulation de capital et la croissance sont indissociables.
    La croissance est, elle, intimement liée à l’énergie.

    Et les hydrocarbures sont une source d’énergie extrêmement pratique car ils peuvent être transportés et stockés facilement.

    D’ailleurs Laurent Fabius ne s’y est pas trompé quand il a dit que la France voulait un accord à la COP 21 à une seule condition : que la croissance ne soit pas affectée.

    Quand je parle de croissance, il s’agit de croissance du PIB. Je sais bien que beaucoup sont allergiques au mot « décroissance » et préfèrent parler d’un « autre type de croissance ». Mais cet autre type de croissance qui met l’accent sur l’ « être » plutôt que sur l’ « avoir », sur l’usage plutôt que sur l’accumulation, ce n’est plus la croissance du PIB.

    On dit que l’argent n’a pas d’odeur, on pourrait rajouter que la croissance n’a pas de couleur. Et elle n’est certainement pas verte. En fait, contrairement à ce qu’on nous bassine à longueur de journée, elle est de moins en moins verte pour une raison très simple. La croissance repose sur l’extraction (minerais, hydrocarbures, sable, etc.) et, pour des raisons évidentes, on a commencé par extraire ce qui était le plus facile. Donc, plus on avance plus on fait de dégâts et plus il faut de l’énergie pour extraire. Quant à l’économie circulaire, elle reste un mythe inatteignable, pour des raisons purement physiques : les principes de la thermodynamiques et les lois sur l’entropie.
    En tous les cas on peut être sûr que la baisse des émissions de GES est incompatible avec le capitalisme. Toutes les solutions proposées jusqu’à présent vont dans le mauvais sens.

    Juste deux exemples :

    L’énergie

    Kyoto a mis en place le marché carbone, un pompe à fric pour les capitalistes qui n’a amené aucune baisse des émissions de GES. Tout le monde s’accorde pour dire que l’énergie la plus propre est celle qui n’est pas utilisée. Mais toutes les politiques mises en place vont dans le sens d’un remplacement d’une énergie par une autre ou d’une augmentation globale de la consommation d’énergie. Avec le pétrole, l’extraction de charbon n’a pas baissé, et le nucléaire n’a pas fait baisser la production de pétrole. Les énergies renouvelables (qui, d’ailleurs, pour la plupart, ne le sont pas) n’ont pas empêché l’exploitation des gaz et huile de schiste ou des sables bitumineux. Leur développement se fait dans le gigantisme, la centralisation, pas le local et l’autonomie. Et on comprend bien que les industriels n’ont aucun intérêt à ce que la consommation finale d’énergie baisse.

    L’agriculture

    Toutes les politiques sont axées sur la technique, les biotechnologies, les intrants, la disparition des paysans, alors qu’il serait possible de développer une agriculture paysanne qui non seulement n’émettrait pas de GES mais en plus stockerait du carbone.

    C’est donc bien le capitalisme le problème

    Naomi Klein dans sa conférence à Paris I a montré comment les politiques néo-libérales avaient contribué à l’aggravation de la situation du fait des privatisations (en particulier dans les secteurs clés de l’énergie et des transports), de la dérégulation de la finance, de la coupe dans les budgets publics, de l’austérité, de la baisse des impôts pour les riches et les entreprises et du libre-échange. Mais elle a aussi clairement dit que le néo-libéralisme n’était qu’un facteur aggravant du capitalisme mais qu’intrinsèquement c’était le capitalisme et la croissance qu’il fallait remettre en cause.

    L’état des lieux

    - Il faut remonter à 2,5 millions d’années pour retrouver des niveaux aussi élevés de CO2 dans l’atmosphère. En mars, son taux a dépassé les 400 ppm en moyenne sur la totalité du globe. Depuis l’ère pré-industrielle et ses 280 ppm, c’est une augmentation de 43 %.
    - Pour le N2O c’est 21 %
    - et pour le méthane ç’est carrément multiplié par 3.
    - 2014 a été l’année la plus chaude jamais mesurée bien que le phénomène El Niño ait été particulièrement faible.
    - L’acidification des océans atteint des niveaux record, il faut remonter à 300 millions d’années pour trouver un rythme d’acidification aussi rapide.

    Les conséquences pour la planète

    Elles sont multiples et pour la plupart négatives
    - baisse catastrophique de la biodiversité (le réchauffement climatique n’étant évidemment pas la seule cause) mais on sait que de nombreuses espèces animales et végétales n’auront pas le temps de s’adapter et vont donc disparaître que ce soit sur terre ou dans les océans (disparition des coraux et des mangroves)
    - diminution de la vie marine
    - hausse du niveau des mers et océans : de 1 m à plusieurs voire plusieurs dizaines de m dans deux ou trois cents ans, surtout si l’Antarctique fond
    - hausse des températures : 2°C pour les prévisions les plus optimistes, 4 à 6°C pour les plus réalistes
    - phénomènes climatiques extrêmes plus fréquents
    - la fonte des glaciers d’altitude va avoir des effets sur les systèmes hydrauliques (particulièrement pour l’Amazonie et le sous-continent indien) : trop d’eau pour commencer, et pas assez ensuite
    - l’acidification des océans va provoquer et la hausse concomitante de la température va provoquer une baisse considérable de la masse totale de zoo-plancton et donc de poissons

    Les prévisions

    J’ignore volontairement les phénomènes imprévisibles comme une éruption géante. On ne peut pas se permettre de parier qu’un évènement de ce type vienne nous sauver la mise. Sans compter que la potion pourrait s’avérer pire que le mal.

    Mais même en se concentrant sur ce qu’on sait, on entre en terra incognita. On n’est sûr que d’une chose, ça va empirer, même s’il reste une petite chance de limiter les dégâts.

    Ça va empirer d’une part du fait de l’inertie du système climatique. Même si on arrêtait toutes les émissions de GES aujourd’hui la hausse des températures continuerait, les océans continueraient à s’acidifier mais clairement à un rythme beaucoup moins soutenu. L’année dernière, les émissions de CO2 ont, parait-il, stagné. Cela n’a pas empêché le taux de CO2 dans l’atmosphère d’augmenter.

    Et soyons réalistes, ce n’est pas faire preuve de pessimisme que de penser que les émissions de CO2 ne vont pas s’arrêter du jour au lendemain. Aucune société ne pourrait se passer d’hydrocarbures sans une période de transition.

    Mais, en plus, le réchauffement climatique donne lieu à des rétroactions positives, en gros des cercle vicieux.

    Quelques exemples :
    - l’effet albedo - le réchauffement cause la fonte de la neige ou de la glace (qui reflètent les rayons solaires), laissant à nue la terre ou les océans qui absorbent beaucoup plus de rayons, ce qui provoque une augmentation de température
    - les centrales à charbon émettent du CO2 mais aussi des poussières qui « salissent » la neige (effet de « black snow »), avec les mêmes conséquences que l’effet albedo
    - le réchauffement provoque l’élévation des océans et donc leur surface
    - le réchauffement provoque la fonte du pergélisol - or celui ci renferme d’immense quantités de méthane sous la forme d’hydrates de méthane. Si ce méthane était libéré on pourrait assister à une accélération brutale de la hausse des températures car le méthane est un GES 25 fois plus puissant que le CO2 et les réserves sont immenses
    - plus il fait chaud, plus l’eau s’évapore, et la vapeur d’eau est un GES
    - l’augmentation de la température a un effet sur la capacité des puits de carbone (que ce soit les océans ou les forêts) à absorber du CO2. Il est par exemple à craindre que l’Amazone ne puisse plus jouer son rôle de poumon de la Terre et pourrait au contraire devenir un contributeur aux GES

    Bref pour citer le CNRS : "plus la Terre chauffe, plus ça chauffe, plus ça chauffe !"

    Les conséquences pour l’Homme

    Il est difficile de ne pas tomber dans le catastrophisme du fait de l’état des lieux et du peu de temps qui nous est laissé avant qu’un point de non-retour soit atteint. Les formules visant à mobiliser pour la COP 21 donnent une idée de la tâche à accomplir : il nous faudrait revenir à moins de 350 ppm de CO2 et pas après-demain ou demain mais hier. L’avenir de la vie sur terre pour des centaines, voire milliers d’années se joue dans la décennie qui vient. Autant dire que l’humanité a rarement été confrontée à un tel défi. D’autant que c’est un défi global.

    Si on continue sur notre lancée, il est clair que notre planète pourrait devenir invivable dans le sens où nous l’entendons. Avant d’en arriver là, nous serons confrontés à une dégradation continue de notre environnement.

    Il faut préciser que les prévisions du GIEC ont toutes été revues à la hausse pour deux raisons :
    - une raison politique : le GIEC, comme son nom l’indique est une groupement intergouvernemental, il n’est donc pas indépendant, et les gouvernements ont toujours eu tendance à minimiser les risques
    - une raison scientifique : les experts n’estiment que ce qu’ils peuvent mesurer : Pour cette raison, la fonte du pergélisol n’est pas prise en compte, car les experts sont incapables d’en mesurer les conséquences

    Alors, quelles sont les conséquences prévisibles

    - La hausse des températures va mécaniquement entrainer une augmentation des zones désertiques, qui ne sera pas compensé par l’augmentation des terres septentrionales qui deviendront plus productives. On sera donc confronté à une baisse de la production agricole et donc à des famines.
    - La baisse de la vie marine va mécaniquement entraîner une baisse de la ressource halieutique
    - Santé : épidémies et problèmes sanitaires (plus de maladies dans les pays chauds que froids)
    - L’accès à l’eau douce qui est déjà un problème sérieux va évidemment s’aggraver et la désalinisation est une fausse solution car extrêmement coûteuse en énergie
    - La hausse du niveau des océans va entrainer la perte de nombreuses côtières. Or ces zones sont généralement les plus peuplées et abritent la plupart des grandes mégalopoles. On va donc assister à une augmentation exponentielle du nombre de réfugiés climatiques (22 millions en 2013, 250 en 2050 pour les prévisions les plus optimistes) : réfugiés au sein d’un pays (on pense à Venise, New-York, la Floride ou en France, Calais, Dunkerque, Arles ou Bordeaux), mais aussi réfugiés dont le pays aura disparu totalement ou en grande partie comme bien sûr de nombreuses îles, mais aussi des pays beaucoup plus grands et plus peuplés, comme le Bangladesh qui pourraient perdre la moitié de son territoire.
    - Les phénomènes climatiques extrêmes vont se multiplier. Les pays déjà lourdement frappés par des ouragans ou des typhons vont avoir du mal à faire face aux destructions répétées et aux pertes humaines, comme aux Philippines, mais les pays riches ne sont pas épargnés, il suffit de voir la catastrophe humanitaire provoquée par Katrina aux États-Unis.
    - Les pertes massives de biodiversité auront des conséquences difficiles à mesurer, d’autant que les activités humaines (chimie, nucléaire) ont aussi des effets délétères. Mais on sait que certaines espèces ont une importance particulière et que leur disparition entraîne des disparitions en cascade :
    espèces clés de voute ou espèces pivots
    espèces rares mais particulièrement résilientes en cas de grand bouleversement

    Géo-ingénierie et adaptation

    Le dernier rapport du GIEC consacre toute une partie à l’adaptation au réchauffement climatique. Ayant renoncé, ou plutôt n’ayant pas tenté de l’arrêter, on nous propose maintenant soit de modifier le climat dans un sens favorable soit de nous y adapter.

    Géo-ingénierie

    Alors que nous sommes incapables de prévoir les conséquences de nos actes du fait de la complexité des systèmes qui nous entourent, la géoingénierie veut nous entraîner dans des expériences à l’échelle planétaire.

    Les idées les plus folles sont envisagées :
    - ensemencement des océans avec du fer pour encourager le développement de phytoplancton, en oubliant au passage que le fer accentuerait l’acidité des océans
    - dispersion d’aérosols à base de souffre dans l’atmosphère pour empêcher une partie des rayons lumineux de réchauffer la Terre, en oubliant cette fois, que c’est justement le souffre qui cause les pluies acides qui affaiblissent les arbres et les forêts
    - envoi dans l’espace de miroir censés refléter les rayons solaires, à un coût énergétique stratosphérique
    - captage du carbone dans le sous-sol, outre l’aspect très risqué, ces technologies requièrent de grosses quantités d’énergie et très peu de sites sont envisageables pour des raisons géologiques

    Adaptation

    Certes les capacités adaptatives de l’Homme sont très grandes, mais on aura compris qu’il s’agit de s’adapter à une vie dont nous ne voulons pas.

    Inutile de dire qu’il sera beaucoup plus facile pour les riches d’abandonner leur villa au pied de l’eau à Saint-Tropez que pour les pauvres des bidonvilles de Lagos. On voit aussi les moyens impressionnants mis en œuvre pour permettre aux riches de continuer à skier

    L’adaptation c’est, par exemple :
    - se nourrir d’insectes pour remplacer les protéines animales trop gourmandes en terres et en eau
    - habiter dans des îles flottantes : l’idée étant que les océans couvrant presque les 3/4 de la Terre, cela nous laisse de grandes étendues à coloniser et à polluer
    - sans parler du délire absolu, changer carrément de planète. Tout le monde sait depuis pas mal de temps qu’il n’y a d’autre planète habitable dans le système solaire, qu’à cela ne tienne, nous allons explorer la galaxie ou même une autre, quelques millions d’années-lumière ne nous font pas peur, et on va montrer à Einstein qu’avec E=mc2 il avait tout faux et qu’on peut se déplacer plus vite que la lumière !

    La réalité c’est que la seule solution qui a une chance de marcher c’est une réduction drastique de notre consommation d’hydrocarbures, c’est une vraie révolution agricole, c’est l’arrêt total de la déforestation et de l’accaparement des terres arables

    En conclusion, une réflexion et une citation

    La réflexion(personnelle) concerne la nature parasitaire des capitalistes qui exploitent les travailleuses et les travailleurs. Cette nature parasitaire est maintenant étendue à l’ensemble de l’humanité, qui exploite contre son gré son écosystème. Les espèces qui « réussissent » ont développé des relations symbiotiques ou d’échanges. Les espèces parasites destructrices de leurs hôtes sont, elles, sur une voie évolutive en cul de sac. Il est encore temps pour nous de bifurquer…

    Naomi Klein a fustigé celles et ceux qui prétendent que le « vert » ne serait ni de droite ni de gauche et elle a fait une citation qui a le mérite de replacer la lutte contre le réchauffement climatique dans un cadre marxiste :
    "le dérèglement climatique est l’expression atmosphérique de la guerre des classes"


    Conférence de Naomi Klein à Paris