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NPA Haute-Garonne
  • Plan national étudiant : l’éducation, nouveau privilège ?

    Selon Frédérique Vidal : ‘il n’y a pas de problème de place à l’Université mais un problème d’offre et de demande’. Exit, les alertes répétées depuis des années par les différent.e.s acteurs.trices de l’éducation sur le manque de moyens alloués, exit le droit à l’éducation pour tout.e.s, mais bienvenue à la sélection par le portefeuille et les origines sociales et surtout bienvenue à la langue managériale dans le milieu éducatif !

    Si beaucoup se réjouissent de cette sélection « juste » en opposition à la sélection « injuste » par tirage au sort, il est grand temps de rappeler que le droit à l’éducation pour tou.te.s existe encore (dans les textes du moins) et de préciser qu’entre 2009 et 2017, il y a eu plus de 235 000 étudiant.e.s supplémentaires pour une baisse de budget de 660 millions d’euros.

    L’autonomie des Universités (lois LRU et Fioraso), a mis en concurrence les Universités entres elles et les a mise à la merci des grandes industries qui voient dans cette possibilité de mécénat, l’opportunité d’accroître leur capital mais aussi de former les parfait.e.s salarié.e.s dont elles ont besoin et ainsi supprimer toutes velléités de la part des classes sociales dominées (est-il nécessaire de rappeler que 60% des enfants d’ouvrier.e.s non qualifié.e.s, 50% des enfants d’ouvrier.e.s qualifié.e.s et 40% d’enfants d’employé.e.s n’ont pas le bac ? Tandis que ce taux chute à 10% chez les enfants d’enseignant.e.s, de cadres, de professions libérales et de chef.fe.s d’entreprise. Mais alors le bac constituerait-il déjà une sélection ?)

    On le voit, l’accès aux études supérieures est déjà en soi un vrai parcours du.de la combattant.e. Mais l’idée de sélection ne date pas d’hier, en 1986, le gouvernement rétropédale sur la loi Devaquet suite à une grève massive des étudiant.e.s, preuve que l’on peut encore infléchir les choses.

    Penchons-nous sur ce que le PNE contient et que le gouvernement veut mettre en place au plus vite dès la rentrée 2018 :
    -  L’année de Terminale sera déterminante, en effet l’avis du conseil de classe sur le projet professionnel de l’élève sera pris en compte par les Universités (et donc privant bon nombre d’élèves du choix de leur avenir).
    -  La fin de la priorité académique et l’introduction de la ‘mobilité forcée’. L’étudiant.e n’aura plus que 10 choix à faire au lieu de 24 et pourra seulement choisir sa filière et non plus sa fac. Les Universités pourront donc sélectionner et se concurrencer, poussant de nombreux.euses étudiant.e.s à abandonner leurs études faute de pouvoir déménager.

    Mais le mot sélection se cache également derrière les termes « attendus » ou « prérequis » en licence, qui seront fixés filières par filières (et fac par fac ?). Entrerons donc en compte, en sus des notes, le type de bac (tu veux rentrer en Licence Générale avec un Bac Pro ? Passe ton chemin !), la motivation, les activités extra-scolaires (écartant de fait les lycéen.ne.s les plus précaires), etc. On nous propose également des mises à niveau (modules supplémentaires, stages d’été, voire année entière) mais quand un.e étudiant.e sur deux travaille en plus des cours, comment se permettre un tel luxe ?

    On nous propose également des licences « modulables », où chaque module devra être validé indépendamment pour accéder aux modules supérieurs, finie donc la compensation entre UE (unités d’enseignement), d’autant plus que, plus l’on validera de modules, plus la valeur du diplôme sera forte, mettant ainsi d’un côté celles et ceux qui auront les moyens d’étudier sans travailler et de l’autre celles et ceux qui devront abandonner ou se contenter d’un diplôme au rabais. Sans parler du conditionnement des bourses à la réussite et donc à des critères toujours plus d’excellence (le montant maximum des bourses est de 555,10€ par mois sur 10 mois et que le seuil de pauvreté pour une personne seule est de 840€ ou 1008€ selon le seuil étudié, donc les boursier.e.s sont bien souvent obligé.e.s de travailler à côté de leurs études).

    Quant au fameux contrat de réussite pédagogique mis en place, le.a directeur.trice d’études et l’équipe pédagogique devront s’assurer de la « pertinence du projet de l’étudiant.e et de ses aptitudes à suivre la filière choisie » et pourront donc éjecter l’étudiant.e en cas de manquement, le ou la réorienter selon ses notes ou son assiduité, refuser son projet en fonction des débouchés sur le marché du travail… Bref, encourager toutes formes de discriminations et une répression administrative sous couvert d’excellence.

    Mais en plus de toucher les étudiant.e.s, la surcharge de travail devra être assumée par les personnels des Universités sans augmentation de moyens voire même avec des réductions d’effectifs !

    Cette lente asphyxie due à l’austérité ayant amené l’enseignement supérieur à l’agonie sert de prétexte aux gouvernements successifs pour remettre en cause le droit à l’éducation pour tou.te.s. Car ne nous y trompons pas, ce gouvernement ne fait que profiter de la brèche ouverte par ses prédécesseurs et il est à ce titre à combattre avec autant d’ardeur.

    C’est pourquoi nous refusons cette remise en cause de l’enseignement supérieur car nous défendons le droit d’étudier pout tou.te.s à tout moment de notre vie, avec une éducation de qualité et respectueuse de chacun.e. Que l’on soit lycéen.ne.s, étudiant.e.s, salarié.e.s, chômeur.euse.s ou retraité.e.s, refusons la sélection à l’Université et reprenons le chemin de la rue et de la grève !

    Nous en sommes certain.e.s, la réponse au chômage est dans le partage du temps de travail et des richesses, dans le droit à l’éducation et la santé pour tou.te.s et dans la solidarité entre tou.te.s !