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NPA Haute-Garonne
  • France Insoumise, organisations syndicales, Front Social, combattre le poison de la division pour mettre en déroute Macron et son gouvernement

    Le 17 juillet 2017

    Le mouvement social est à la croisée des chemins. La bataille contre la loi travail du printemps 2016 a été la principale mobilisation depuis 2010. Le mouvement est resté limité dans la jeunesse. Les grèves ont eu du mal à se développer dans toute une série de secteurs. L’auto-organisation y a été très marginale.

    Cependant, des mouvements de blocages ont eu une ampleur assez importante (notamment dans les raffineries et les ports), le mouvement d’occupation des places avec Nuit Debout a été un vecteur de politisation malgré de nombreuses limites, les « cortèges de tête » ont exprimé une radicalisation contre l’Etat d’une frange minoritaire du mouvement. Mais cela a été loin de suffire. La grève générale a été à l’ordre du jour, y compris dans le positionnement de la CGT, mais cela n’a pas débouché sur un mouvement d’ensemble du monde du travail. Au final, la défaite est bien réelle quoi qu’en disent ceux qui ont eu l’illusion que le mouvement pouvait passer l’été. Il nous faut en mesurer les conséquences pour adopter une tactique juste dans les affrontements qui sont devant nous.

    La France Insoumise est le produit de la défaite

    La défaite s’est d’abord traduite sur le terrain électoral avec un score historiquement bas pour la « gauche » (moins de 30%). La France Insoumise (FI) a raflé la mise en proposant une solution institutionnelle face à l’impasse de la mobilisation défaite. Mais dans un rapport de forces dégradé, l’orientation de la FI s’est enferrée sur un programme certes social mais « au-dessus » des classes sociales, mettant en avant une forte dose de nationalisme, et ne rompant pas avec la logique du profit. De nombreux militants se sont fait griser par Mélenchon et ses 7 millions de voix. Fini les organisations traditionnelles, ils appartiennent à un mouvement, qui prétend se confondre avec le peuple, sans aucune médiation entre une horizontalité impuissante et un leader éclairé.

    Cette orientation où la FI se substitue à toute médiation traditionnelle est une impasse. Elle aboutit aux appels à manifester du 12 juillet à la seule initiative de la FI, centrés autour de l’appui au combat des députés insoumis à l’assemblée. Elle fait l’impasse sur le problème central : comment mettre en mouvement des forces sociales bien plus larges que celles qui sont intervenues au printemps 2016 ? La réponse de Mélenchon est d’appeler l’ensemble de la population, des organisations politiques, mais aussi syndicales, à s’aligner derrière lui, sans discussion collective, dans un mouvement sans démocratie, derrière son programme.

    Il néglige le fait que notre camp social est traversé de contradictions, est hétérogène et que la diversité de ses représentations correspond à une diversité de niveaux de consciences, d’intérêts partiels, de réalités sociales,… Il y a certes les 7 millions de votants pour la FI (qui, avec les sondages permettant d’espérer une présence au second tour, a bénéficié d’un vote utile à la « gauche de la gauche »). Mais il y a aussi les centaines de milliers de voix qui se sont portées vers l’extrême gauche, les 6% de Hamon, les millions d’abstentionnistes ou encore de nombreux travailleurs qui ont voté contre leurs intérêts pour des partis libéraux ou d’extrême droite.

    Il n’y aura pas de raccourci. Gagner contre Macron et son gouvernement dans les mois qui viennent passera nécessairement par la recherche de l’unité la plus large des organisations du mouvement ouvrier qui représentent ces différents niveaux de conscience. Ce travail, la FI et Mélenchon tentent de passer par-dessus. C’est une grave erreur et une impasse qui peuvent être lourdes de conséquences sur nos capacités à résister dans la période qui s’ouvre.

    Des organisations syndicales affaiblies et de plus en plus intégrées

    Au printemps 2016, le front syndical qui se battait contre le projet de loi était déjà restreint (CGT, FO, FSU, SUD) et la CFDT a joué à plein la collaboration de classe en soutenant le gouvernement. Avec la réorientation de FO et ses liens avec le ministère Pénicaud, le nombre d’OS disponibles à la lutte s’étiole un peu plus. La CGT est isolée et ses secteurs les plus intégrés jouent un rôle négatif dans la préparation de la mobilisation en septembre.

    Mais face à la pression de la base et à la gravité des attaques que laissent entrevoir les ordonnances, la confédération CGT a été obligée d’appeler dès maintenant à une journée de grève et de manifestations le 12 septembre. C’est le principal point d’appui dans la situation. C’est l’échéance autour de laquelle toutes les forces disponibles doivent converger pour réussir une journée qui doit devenir le départ d’une confrontation plus large.

    Mais pour gagner une majorité de travailleurs et de jeunes à l’action, il faut résolument essayer d’élargir le front d’organisations qui appellent à la mobilisation. Le ralliement au 12 septembre de FO Paris va dans le bon sens. Il faut maintenant avoir une attitude d’interpellation forte des organisations qui prévoient d’accompagner le gouvernement (FO et CFDT en tête), de la base au sommet, pour tenter d’entrainer plus de forces dans l’action. Pas parce que nous avons des illusions sur les choix que pourraient faire les directions de ces syndicats mais pour convaincre les millions de travailleurs qu’elles influencent de la nécessité de se battre. De ce point de vue-là, le sectarisme envers certains militants ou sections de base de la CFDT au printemps 2016 ont joué négativement sur la capacité des secteurs mobilisés à faire basculer les secteurs les moins avancés.

    Cela passera par une explication des mesures précises contenues dans les ordonnances ; des implications sur les conditions du rapport de force si elles sont adoptées. Cela passera aussi par redonner confiance dans la capacité des luttes à obtenir des avancées significatives.

    Le Front social, ou l’impasse de l’action minoritaire

    Certains des secteurs qui ont tenté de se battre jusqu’au bout lors de la mobilisation contre la loi travail en 2016 se sont regroupés dans le Front Social (FS). La lutte et la politique ayant horreur du vide, le FS a connu certains succès lors de manifestations, essentiellement parisiennes, pendant la période électorale. Depuis, les collectifs FS se sont développés dans une quarantaine de villes avec des réalités assez différentes. Le FS a appellé à des manifestations le 14 juillet et également à la journée de grève du 12 septembre.

    Le FS est un regroupement de sections syndicales et d’individus, parfois issus de Nuit Debout, parfois de la « gauche de la gauche ». À la racine du FS, on retrouve l’idée commune que le mouvement du printemps 2016 a fait émerger une « avant-garde large », que ce mouvement ne s’est en fait pas arrêté (et donc qu’il n’y a pas eu défaite) et que l’absence de victoire est de la responsabilité des directions syndicales.

    Si faire converger des militants qui veulent en découdre, prendre des initiatives militantes est positif, plusieurs écueils guettent cette nouvelle structure.

    Le premier est de considérer que l’unification de notre camp social passera uniquement par un « Front Unique à la base ». En cela, le FS fait une erreur symétrique de celle de la FI en ne comprenant pas que les organisations de masse existantes représentent les niveaux de conscience dans notre camp social. Elles ont une double nature. D’un côté elles expriment une certains conservatisme de par leur intégration au système, mais de l’autre, elles expriment – et en retour peuvent influencer – le niveau de conscience réel des larges masses. Il n’y a pas de possibilité absolue de contournement et pour les anticapitalistes imposer une autre orientation à ses organisations est impossible en dehors de périodes alliant haut niveau de luttes et mise en place de formes avancées d’auto-organisation.

    Le second est d’en appeler de façon incantatoire à la convergence des luttes. Il y a une surestimation, dans le FS, de la montée des luttes. Partant de là, le seul problème serait leur centralisation. Il y a une erreur importante commise sur comment la conscience évolue, la place des ruptures et des sauts dans la conscience des masses. Pour le FS, l’ensemble du problème se porte sur la direction des organisations de masse (qui est certes bien réel) en négligeant totalement le travail de reconstruction de la conscience de classe, qui ne peut se faire par la seule dénonciation des trahisons des directions.

    Le troisième, enfin, serait de transformer ce regroupement conjoncturel en une nouvelle organisation d’extrême-gauche, ajoutant ainsi un peu plus de division dans la gauche anticapitaliste et révolutionnaire.

    À l’inverse, le FS pourrait jouer un rôle positif en servant de point d’appui pour mener le débat à l’intérieur des organisations syndicales, en valorisant les mobilisations locales, en s’adressant à l’ensemble et en étant un levier pour l’unité d’action plutôt que de regrouper une minorité.

    Unifier notre camp social pour affronter Macron et ses ordonnances

    La politique substitutiste de Mélenchon, l’intégration croissante du mouvement syndical, comme l’avant-gardisme autoproclamé du Front Social sont le produit de 20 ans de défaites et du recul de la conscience de classe. Les premiers cherchent à passer au-dessus du problème, les seconds s’y adaptent quand les troisièmes le nient.

    Pour mettre en déroute les projets de Macron il n’y aura pas de dérivatifs, ne de raccourcis. Ce sont par millions que les travailleurs et la jeunesse vont devoir entrer dans l’action, par la grève active. C’est dans l’action que notre camp social prendra conscience de ses intérêts historiques et que le rapport de forces pourra s’inverser. Mais pour cela, dans les semaines qui viennent, la question de l’unité d’action sera la question clefs.

    Ainsi, le collectif « Pour un droit social protecteur des salariéEs » est un point d’appui pour unifier l’ensemble des secteurs qui veulent en découdre, comme dans certains départements des intersyndicales locales, des cadres unitaires alliant syndicats, associations et partis, des structures Front Social qui comprennent la nécessité de l’unification de la base au sommet de notre camp social en rupture avec le dialogue social et pour le retrait des projets du gouvernement,... Et les mobilisations auront besoin de tous les efforts militants pour la construction d’un Front Unique contre les ordonnance d’abord mais également dans la jeunesse contre la réforme du bac et les attaques dans l’éducation et l’enseignement supérieur ou pour défendre la sécurité sociale et le salaire socialisé. Sur tous les terrains, les militants anticapitalistes s’attèlent d’ores et déjà à cette tâche.

    Le 12 septembre sera le premier test grandeur nature. D’ici là, les syndicats, les organisations politiques, le Front Social, tous ceux qui s’opposent aux ordonnances et à la casse du code du travail, pourraient organiser ensemble une tournée de meeting. Ce serait un point d’appui pour la construction du mouvement comme pour la centralisation de la lutte contre le gouvernement. Ils devraient également se mettre au tour de la table pour voir comment, après le 12, ils pourraient organiser une échéance nationale le 20 septembre à Paris pour empêcher la validation des ordonnances.


    Sylvain Pyro